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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 09:00

Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia) 

L’avantage des effectifs légers est de pouvoir aisément mettre en place des pleins paniers de stratégies de remédiation individualisées, comme on dit volontiers dans les salles de cours feutrées des IUFM de France, de Navarre et de Nouméa. C’est ce que j’ai pu expérimenter le plus naturellement du monde, pas plus tard qu’il n’y a pas très longtemps, sur la personne de C., échantillon type du petit collégien maréen moyen.


Ce dernier, comme à son habitude mais plus encore en cette période troublée de grippe du cochon, fait une entrée remarquée dans ce somptueux sanctuaire culturel qu’est le CDI du collège. Remarquée car remarquable, le bas du visage, jusque sous les yeux, enfoui dans un col montant de sweat-shirt informe et décoloré. Ce que l’on pourrait assimiler hâtivement, en métropole, à une volonté suspecte de dissimulation du visage dans le but peu avouable de contrevenir au règlement intérieur sans se faire gauler, relève, ici, de la plus élémentaire des hygiènes. Cela permet, en effet et tout à la fois, de tousser sans exposer son interlocuteur aux bacilles porcins, tout en se mouchant subrepticement dans la surface du tissu ad hoc qui en a de toutes façons vu d’autres.


Mais l’opération, accompagnée de force raclements de gorge profonde, commençant à prendre des proportions inquiétantes et craignant un débordement de substances morvesques par un effet prévisible de trop plein, je prends l’initiative  d’intervenir. C’est tout moi, ça.

Je tends au petit enrhubé de frais, sans mot dire mais en retenant ma respiration, un splendide Kleenex de ma collection personnelle, propre et plié bien comme il faut. Le genre de mouchoir modèle que l’on peut apercevoir dans les publicités, si tu vois ce que je veux dire.

 

Surprise de l’intéressé qui fixe le bout de papelard immaculé d’un œil suspicieux.

- Mouche-toi, crois-je bon de lui intimer, devant l’absence totale de réaction.


Interloqué devant tant d’originalité et réprimant difficilement quelques petits soubresauts nerveux, il plaque alors le minuscule carré, sans même l’avoir déplié, contre son orifice nasal et expulse violement un jet de morve de bonne tenue qui déborde instantanément du fragile réceptacle. Une substance gélatineuse se répand alors sur ses joues rebondies, sa bouche grande ouverte et sa main malhabile.


Déduisant sûrement son fourvoiement à la lueur de mon air aussi circonspect que réprobateur, il entreprend alors de réparer le dommage en se passant hâtivement le mouchoir barbouillé sur le visage, tout en parachevant son œuvre d’un coup de manche aussi furtif que réparateur. N’en jetez plus, faut-il vous l’emballer ?

- Ho ! C’est comme ça que tu te mouches, toi ?

- …


Pédagogie, quand tu nous tiens… Retenant à grand peine un léger spasme devant ce tableau peu ragoûtant et prolongeant mon apnée initiale d’une dizaine de secondes supplémentaires, je lui tends du bout des doigts un nouveau Kleenex, non sans lui avoir inculqué au passage quelques notions élémentaires de savoir-vivre telles que le dépliage, le soufflage par le nez (bouche fer-mée !) et l’emballage cadeau final direction la poubelle. Une leçon pareille effectuée sans respirer (et sans fiche de prép'), il faut le faire !


Le petit sauvageon semble de plus en plus gêné devant mes explications saugrenues et tente vainement de se dissimuler à l’intérieur de ses bras protecteurs.

- Allez, souffle ! l’encourage-je d’un ton motivant qui fait trembler les vitres.

Il se lance, expectore gauchement dans un flot de germes sournois et, perdant toute contenance, passe le brimborion de pelure souillée sur son crâne, dans un geste auguste et purificateur.

- Mais… qu’est-ce que tu fais ???

Effarement de l’interpellé devant une question aussi incongrue :

- Monsieur ! Moucher !
  Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia) Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia) Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia) Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia) Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia)
Case kanak (Nouvelle-Calédonie) / Kanak hut (New-Caledonia)
 

Il n'aura pas échappé à ta sagacité legendaire que la série de photos de cases qui émerveille présentement ta pupille juvénile n'a strictement rien à voir, même avec toute la bonne volonté du monde, avec le texte ci-dessus. Tous ces clichés ont en effet été pris à Lifou, entre deux visites d'église. Tu ne me voyais quand même pas illustrer cet article déjà bien peu râgoutant avec des photos prises sur le vif, non ?



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Published by Bob Tazar - dans Pédagogie mon amour
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commentaires

frederic D'HULSTER 05/10/2009 13:13


Bonjour Bob, Je suis aussi un musicien niçois (trompettiste)en poste en NC depuis 2007 à Canala puis à Dumbéa et j'apprécie beaucoup ton style. J'adore "La mer est fermée" : sa chute est grandiose.
Tes récits me rappellent bien sûr ma propre expérience à Canala surtout.
Tu trouveras mes propres écrits sur mon site à "Gazette des alizés"; Je suis en train d'en rédiger une nouvelle version revue, corrigée et augmentée. Bravo en tout cas et au plaisir de te
rencontrer un de ces quatre !
Fred


Bob Tazar 12/10/2009 00:54


Salut Fred,
je viens de lire les différents numéros de ta Gazette des alizés et j'ai adoré. Je conseille d'ailleurs à mes lecteurs d'aller y faire un tour, c'est bien écrit et très bien documenté. La
description des gamins et des conditions de travail à Canala, notamment, m'a bien fait rire (même si ce n'était peut-être pas le but recherché ?).
En tous cas, il y a plein de points communs avec Maré, à l'exception quand même de tout ce qui touche aux incivilités, vols, dégradations et autres...
Peut-être à un de ces jours à Nouméa ou à Maré (à Nice, entre trompette jazz et guitare rock, les occasions de se rencontrer étaient trop rares... ;-) )


Nicole Vatrican 28/09/2009 22:34


Le texte est désopilant (j'ai ri aux larmes)et les photos splendides (ma case préférée est celle "à la petite porte bleue")Y en a-t-il d'aussi belles à Maré?Bisous .Tatie.


Bob Tazar 02/10/2009 00:50



Malheureusement, non ! A Maré, les cases sont moins belles et moins nombreuses, c'est comme ça. C'est vraiment à Lifou qu'on en prend plein les yeux ! Il y a également moyen de voir de
belles cases, celles-là avec des flêches faîtières, sur la côte Est de la Grande-terre.
Bises.



Eric 27/09/2009 17:41


Mais pourquoi donc veux-tu leur enseigner l'usage du mouchoir alors que depuis que les missionnaires leur ont appris qu'il fallait s'habiller (on se demande bien de quoi ils se mêlaient soit dit au
passage...) le pan de chemise ou le bord de la manche étaient amplement suffisants ?
L'Oréal devrait faire breveter le fixateur capillaire aux polysaccharides 100% naturels. Parce qu'ils le valent bien.


Bob Tazar 02/10/2009 00:15



Peut-être pour ne plus subir, des heures durant et sous mon nez délicat, reniflements ostentatoires et mouchages dans les doigts ? Ceci dit, je dois reconnaître que j'ai eu moins de succès
avec mon mouchoir que les missionnaires avec leur robe mission.
Quant à l'Oréal, techniquement parlant, il pourrait plus s'agir d'un brevet relatif à un lisseur qu'à un fixateur.



pierrot 25/09/2009 00:22


ça me rappelle une gamine qui s'est fait piquer son maillot de bain (se retrouvant donc dans le plus compliqué des appareils quand on a 15 ans) au moif qu'elle avait aspergé préalablement sa copine
avec (je cite) " de la bave de nez"...ceci dit tu es plus proche du funambule que du pédagogue, a moins que ce ne soit de la nasogogie?


Le piaf Nasogogue 25/09/2009 02:18


De la bave de nez, voilà une note poétique dans ce monde de brutes.


Jeannie Punsola 24/09/2009 00:02


Belle démonstration de l'art de se moucher à Maré!!
Bises Jeannie


Bob Tazar 25/09/2009 02:12


C'est l'métier, Jeannie, c'est l'métier !
Bises.