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Le buzz

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:00

Episode précédent

 

Quinze minutes de mise en place, quinze minutes de travail avec le groupe 1, nous atteignons mine de rien la trentième minute du match. Et il me reste encore quatre groupes à gérer, en comptant le groupe 2 qui commence tout juste à tester son prototype en soufflerie.

Je ne vois toujours rien venir au bout du tunnel. La mort dans l’âme, je m’apprête à renoncer lorsque la phrase suivante retentit à mes oreilles incrédules :

- J’ai… chassé… la… roussette… avec… mon… tonton.

En plusieurs fois, d’une voix chancelante et peu assurée,  mais - presque - sans aide.

 

Alléluia ! Sonnez hautbois, résonnez musettes ! Dieu existe, je l’ai rencontré ! Champagne pour tous ! Vive la pédagogie libre ! Vive l’amitié franco-nengonaise !

Sans perdre le plus petit instant, et renonçant temporairement à avoiner le groupe 2 (dont l’aéroplane vient de décoller majestueusement dans mon dos), je félicite de mon plus beau sourire l’auteur de cette brillante citation spontanée et l’encourage derechef à coucher sur le papier le fruit de son dur labeur :

- C’est très très bien, mon garçon. Maintenant, tu vas écrire cette phrase sur ta feuille.

- Awa !!!

- Oui, tu vas écrire cette phrase sur ta feuille.

- Ecrire quoi ?

- Mais… ce que tu viens de me dire. Ce que l’on vient de travailler ensemble pendant un quart d’heure et que tu viens de me répéter tout seul comme un grand.

- Monsieur… oublié !

 

A suivre, publication de l'article dans le journal du collège...

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Published by Bob Tazar - dans Pédagogie mon amour
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 09:00


En attendant la suite de "Monsieur, oublié !" (suite qui, je ne te le cache pas, est imminente) et avant la découverte de nos récentes tribulations wallisiennes (dont les photos commencent à inonder mon Facebook), retour sur ce qui était l'évènement du mois de mai 2009 : la commémoration à Nidenod (Maré) des vingt ans de la mort de Yeiwene Yeiwene (l'enfant du pays) et de Jean-Marie Tjibaou.


Le progrès étant ce qu'il est, et ma connexion internet ayant grandement profité de ma migration à Nouméa, je suis maintenant en mesure de diffuser les nombreuses images tournées à cette occasion.

Nous commençons aujourd'hui notre voyage dans le temps aux côtés de Banutr, célèbre troupe de danse de l'île des Pins...
Si tu aimes ça, il n'y aura qu'à demander et d'autres troupes suivront. J'en ai plein mon placard...



 

 



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Published by Bob Tazar - dans Vidéo
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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 08:00

 

Episode précédent

Je me penche au dessus de la table du groupe numéro 1 (trois garnements de 6°, hauts comme deux pommes, qui boivent mes consignes avec la tête d’un paysan bouthanais écoutant l’intervention de M. de Villepin à la sortie du tribunal), m’adresse à l’un d’entre eux et attaque bille en tête, la fleur au fusil de mes gros sabots :

- Qu’est-ce que tu as fait, ce week-end ?

L’attaque classique par les ailes, un peu prévisible, certes, mais qui, en métropole, donne parfois quelques modestes résultats.

Ici, c’est haut le corps, main sur une tête aux yeux hagards, souffle court et diction muette pendant de longues secondes. Puis, après avoir reposé trois fois la même question, j’obtiens tant bien que mal le dialogue suivant (retranscrit en bon français, pour une meilleure compréhension) :

- Chassé.

- J’AI chassé.

- ^^.

- J’ai chassé. Répète.

- J’ai… chassé.

- Qu’est-ce que tu as chassé ?

- Roussette.

- J’ai chassé LA roussette.

- ^^.

- J’ai chassé la roussette. Répète.

- J’ai… chassé… roussette.

- Avec qui ?

- Tonton à moi.

- J’ai chassé la roussette avec MON tonton.

- ^^.

- J’ai chassé la roussette avec mon tonton. Répète.

- J’ai… chassé.

- J’ai chassé la roussette avec mon tonton. Répète.

- J’ai chassé… roussette.

- J’ai chassé la roussette avec mon tonton. Répète.

- J’ai chassé… roussette… avec… tonton à moi.

La séance, d’une pédagogie insoutenable à faire froid jusque dans la raie des fesses, même des plus insensibles, se poursuit inlassablement. Personne ne veut céder. L’affrontement est terrible. Les autres élèves, pourtant grandement absorbés par leur production propre, n’osent plus respirer. A part les membres du groupe 2, cependant, concentrés sur la réalisation techniquement irréprochable d’un superbe avion en papier.

 

A suivre...

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Published by Bob Tazar - dans Pédagogie mon amour
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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 09:00

 

Club journal du collège de La Roche, tous les lundi, de 12h à 13h au CDI. Une plongée sans filet dans un monde où le surnaturel côtoie le paranormal, en bonne intelligence et à coup de paracétamol vitaminé.

Ma méthode de travail, que n’auraient pas renié les iuéfémistes de salon qu’ô combien je vénère, est simple : partir de l’oral pour aboutir à l’écrit. Si tu as suivi un tant soit peu les épisodes précédents, tu comprendras aisément que la partie n’est cependant pas gagnée d’avance.

Objectif – ambitieux – à atteindre, en une heure : production d’un article de style journalistique, comprenant un titre de rubrique, un surtitre, un gros titre, un chapeau et l’article proprement dit en trois paragraphes introduits chacun par un intertitre. Oui, madame.

 

Soyons réaliste, une simple phrase de cinq mots agencés de manière cohérente me conviendrait tout à fait, l’heure n’étant plus aux exigences déplacées. Je précise quand même, à l’attention de l’inspecteur en goguette qui tomberait par hasard sur ces quelques lignes, que tous les termes techniques employés ci-dessus ont bien entendu déjà donné lieu à de longs développements, exemples concrets à l’appui, avec manipulations diverses, mises en situation en veux-tu en voilà, que, merde, j’ai intérêt à faire gaffe, moi, avec toutes mes conneries.

 

La mise en place des groupes passe comme une lettre à l’OPT. Après avoir bêtement laissé libre cours à la sensibilité de chacun (« mettez-vous par groupe de 3, vous êtes 15, il me faut 5 groupes »),  ce qui m’a fait perdre 10 minutes, je me décide enfin à opter pour la mauvaise méthode, celle qui marche : « toi, ici, toi, ici, toi avec toi et toi, tu te tais et tu te dépêches de t’asseoir ici. »

On peut alors passer aux choses sérieuses, après avoir quand même dû gérer l’arrivée d’un retardataire, seizième membre qui a failli faire tout capoter ma belle répartition.

 

Si l’on se base sur les conseils avisés des susdits iuéfémistes, il faut toujours partir du vécu de l’élève. Merci, docteur. Ici, il y a le choix, question vécu : champ, igname, foot, pêche, chasse et mariage. Ni plus, ni plus. La traduction locale du « chasse, pêche, nature et tradition », en quelques sortes.

A suivre...


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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 00:00

Episodes précédents...

 

- Monsieur, machin !

Tiens, ça commence fort, aujourd’hui.

- Qu’est-ce que tu veux ?

- Je peux avoir… machin ?

- Tu préfères un machin ou un bidule ?

- ???

C’est tout moi, ça. Tenter de l’humour même dans les moments les plus désespérés. Le « machin » servant à désigner un objet suite à un trou de mémoire, et le trou commençant à devenir gouffre, je redeviens sérieux et retourne à mon mouton.

 

- Bon, explique-moi. C’est quoi, ton machin ?

- Heu… machin.

- Désolé, je ne comprends pas ce que tu veux.

- Je peux avoir… livre ?

- Bien sûr, je suis là pour ça. Livre, pardon, UN livre sur quoi ?

- Machin.

- Toi, tu veux ma peau ! Hein, c’est ça ?

 

L’expression « vouloir la peau de quelqu’un » comptant cinq mots et n’étant pas encore totalement assimilée, il ne réagit pas à mon brillant trait d’humour et attends stoïquement la suite. Je lui tends alors un roman pris au hasard sur mon bureau, « J’ai effacé la maîtresse » pour ne pas le nommer. Cela permettra peut-être d’éclaircir la situation, hein, qu’est-ce que tu en penses-tu-t-il ?

 

Il se saisit craintivement de l’opuscule, y jette un coup d’œil peu convaincu puis me le redonne, visiblement fort insatisfait.

- Non, livre machin !

- Tudjuuu ! Mais c’est quoi, un livre machin ??? Qu’est-ce que tu veux dire, et lire, exactement ?

- Football.

- Ah, d’ac-cord ! Tu veux un livre sur le football, c’est ça ?

- ^^.

- Tu ne pouvais pas me le dire ? Monsieur, est-ce que je peux avoir un livre sur le football ? C’est trop dur ?

- …

Oui, c’était trop dur.

- Bon, tiens, voilà un livre sur le football. « L’année du football africain 2010 », ça te va ?

- …

- Ça ne te convient pas ? Qu’est-ce que tu veux, alors ?

Il m’indique du doigt le présentoir à revue. Par une association d’idée dont je commence à avoir le secret, je traduis immédiatement sa requête :

- Tu veux le dernier numéro hors-série de Onze-Mondial, consacré à la coupe du monde ? C’est ça ?

- ^^.

 

Je lui tends l’objet tant recherché, dont il se saisit pieusement. Son visage est apaisé. Il a réussi sa mission et s’apprête à se plonger avec délectation dans les aventures de Messi et tous ses petits amis.

Lâchement, faisant passer son bonheur fugace et ma tranquillité d’esprit avant ma noble tâche pédagogique, je renonce à lui expliquer la différence entre un livre et un magazine.

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 09:00

 


- Monsieur, rendre.

- Quoi ?

- Rendre livre.

J'ai beau être habitué, j'ai toujours autant de mal à me faire au langage concis à l'extrême de mes ouailles. Je répète donc lentement, plus par bête réflexe pédagogique que dans un réel soucis d'efficacité :
- Monsieur, je-viens-rendre-un-livre... Répète.
- ???
Comme prévu, le regard ébahi qui apparaît en face de moi me fait vite comprendre l'inanité de ma demande
- Bon, OK, merci pour le livre.
Surprise, loin de prendre ses jambes à son coup et de détaler sans demander son reste, voilà le petit impétrant qui me pose soudain une question. Quelle époque vit-on, je te demande un peu...

- Monsieur, y a pas Achille ?

- Pardon ?

- Y a pas Achille ?

- C’est qui, Achille ?

- Légende.

- Tu cherches un livre sur la légende d’Achille ?

- ^^.

- Eh bien, il y a sûrement quelque chose sur ce sujet dans le livre que tu viens de me rendre.

- Non. Grèce !

- Justement ! « Mythes et légendes de la Grèce »… C'est le titre du livre que tu viens de me rendre. Tu dois sûrement avoir une partie sur ton Achille dedans.

- Non. Grèce !

- Regarde… la table des matières… Que vois-je, page 56 ? Le talon d’A-chi-lle. C’est  justement ce que tu cherches.

- Monsieur, non.

- Si. Achille est un héros grec.
- Monsieur, non.

- Si, un héros grec de la Grèce.

- Monsieur, non.

- Ah, si.

- Déjà lu !

- (Soupir) Bon. Qu’est-ce que tu veux ? Des informations sur Achille ou changer ton livre ?

- Changer.

- OK, OK. Alors, vas-y, choisis un autre livre... « Agent secret double zéro » ? Très bon choix, ça ! Voilà, tu peux le prendre. Tu es content ?

- ^^. Y a pas Achille ?


  grece.jpgegaleagent secret



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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 09:00


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Tu n’as pas été sans remarquer, toi qui suis ce blog avec une assiduité inversement proportionnelle à celle d’un député, sénateur européen maire d’un cabinet d’avocat, que j’éprouve une tendresse toute particulière envers les pédagogistes de tout poil. Arriver à parler aussi bien d’un sujet (l’élève dans la classe) qu’ils connaissent aussi peu est quand même la preuve d’un talent hors norme qui force l’admiration.

C’est pourquoi aujourd’hui est jour de fête ! Je viens en effet de recevoir sur mon bureau trois splendides exemplaires d’un ouvrage intitulé sobrement « Le Miroir du débat, l’expression des calédoniens sur leur école ». Il s'agit d'un ouvrage de synthèse de toutes les contributions recueillies lors du Grand débat sur l’avenir de l’école calédonienne, débat qui a tenu en haleine tout le territoire, Maré y compris, durant quelques mois de l’année dernière.

Le genre d’ouvrage savoureux qui éclaire ta journée et peut reléguer l’annonce de la liquidation de Ben Laden au rang de simple anecdote récréative.

 

Je peux me tromper, mais l’enseignement des fondamentaux, que tu te trouves sur Terre ou sur la planète Pluton, pour être efficace, me semble devoir être prodigué en une langue unique. Français, Nengone, Serbo-croate ou Macédonien ancien, peu importe, mais en une langue unique. Sinon, c’est le bordel, et le gamin, lôngin, y comprend peau d’balle.

 

A Maré, pour ne citer que la partie de Calédonie que je connais le mieux et où les particularismes locaux sont quand même assez prononcés, le choc linguistique (et culturel) est rude à l’entrée au collège. D’un côté, des élèves qui haussent les sourcils en Nengone, de l’autre, des profs qui s’expriment sottement en Français… L’affaire n’est pas simple.
Cela n'a peut être aucun lien, mais force est de constater qu'un nombre certain de nos petits élèves font montre de certaines lacunes langagières de nature à compromettre légèrement une approche didactique de l’œuvre complète de Marcel Proust.
Heureusement, M. Thélot est arrivé...

 

M. Thélot, le grand ordonnateur de la cérémonie, avait déjà sévi en métropole en 2004, avec un bonheur certain. Diable, réunir à l'époque 13 000 synthèses en un document unique, ce n’était quand même pas du pipi de chat  à la portée de tout le monde ! J’ai même du mal à m’imaginer, avec mon mauvais esprit habituel, comment cela a été humainement et techniquement possible. Mais cela est une autre histoire…

 

Partant du principe que l’on ne change pas une équipe qui ne gagne pas 0-0 (A. Jacquet), M. Thélot a donc été chargé, 6 ans plus tard, de reproduire les recettes du succès sur le territoire calédonien. Le moins que l’on puisse dire est que le résultat est éloquent, deux points, ouvrez les guillemets, prenez votre livre page 373 et attachez votre ceinture : « Didactique : faute d’éclairage en L1-L2, l’enseignant confronté au quotidien aux erreurs logiques de l’enfant n’est pas en mesure de lire les multiples stratégies mises en œuvre. A l’inverse, des matériaux élaborés en langue maternelle peuvent s’avérer catastrophiques dès lors qu’ils sont fondés sur une conscience nominative intériorisée. Didactiviser, c’est s’inspirer de ce que propose le milieu mais c’est aller au-delà de l’implicite, chercher derrière la variation, trouver le principe qui régit les savoirs autochtones et calédoniens, les clefs de compréhension sociales et vernaculaires, locales et classiques, s’il y a peu d’outils en langue qui sont importés. Mais l’essentiel réside dans l’utilisation d’outils heuristiques, conceptuels et instrumentaux qui permettent un travail efficace sur les notions et concepts. » (in Le Miroir du débat, page 373).

 

- Tu n’as rien compris ?

- ^^ !

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 09:00

 

Femmes kanak

 

Ce n’est pas pour pousser à la consommation ou faire la pub de Facebook, mais il s’en passe de belles, en ce moment, sur le réseau social le plus célèbre des îles Loyauté. Notamment la diffusion quotidienne d’une de mes photos, ce qui n’est pas rien, tu en conviendras aisément.

Alors, si ce n’est déjà fait, rejoins-moi sur Facebook et faisons ami-ami...

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 10:00

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Bonne nouvelle pour toi, ami lecteur (surtout si tu résides du côté de la Nouvelle-Calédonie) : « Chef, oui chef ! », le roman autobiographique dont je suis modestement l’auteur (et le héros principal, qui ne meurt pas à la fin) est maintenant en vente à la librairie Pentecost, rue de L’Alma à Nouméa, à deux pas de la Place des Cocotiers où tu aimes tant baguenauder.
 

Après le magasin Golf, à Maré, « Chef, oui chef ! » continue donc sa percée dans l’univers culturel calédonien. Quant à l’attaque du marché métropolitain, elle est d’ores et déjà prévue pour 2012.


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Published by Bob Tazar - dans Chef - oui chef !
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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 09:00

 

Quelle surprise, en cet après-midi chiant et interminable comme la mort ou un film de Rohmer, d’apercevoir un petit impétrant sauvagement concentré sur sa feuille et son stylo, en train de former ce qui, à la distance respectable qui est la mienne, ressemble furieusement à des MOTS sur du papier.

 

Que l’on ne s’y trompe pas : si la lecture est, de manière générale, relativement assez mal maîtrisée par nos petits élèves (de même que l’expression orale, les maths et les équations aux dérivés partielles non-linéaires de Navier-Stokes sur la mécanique des fluides), pour l’écriture, c’est encore pire ! Autant dans un bouquin (surtout s’il s’agit d’une bande dessinée), il y a des petits malins qui peuvent toujours se raccrocher aux branches des images, l’écriture, mon gars, ça c’est sacrément compliqué ! Compliqué comme une suite totalement illogique de lettres qui forment des putains de mots qu’on sait jamais quoi ça veut dire, merde !

Et pourtant, le doute n’est pas permis, celui-là ECRIT bel et bien. En transpirant comme un cochon en proie aux pires souffrances, la bouche tordue en un rictus bien peu académique et la claquette battant nerveusement la mesure sur un sol à la propreté douteuse, certes, mais ECRIVANT néanmoins, indubitablement.

 

Fortement intrigué, je me lève sans bruit et m’approche du Phénomène.

 

«  je doi pas mange du chuigom on cour. je doi pas mange du chuigom on cour. je doi pas mange du chuigom on cour…».

- Tu fais tes devoirs ?

Dans son sursaut, il laisse choir son stylo, un vieil embout de Bic première génération tout mâchouillé et ayant perdu depuis longtemps sa carapace de plastique. Devant mon sourire apaisant, il se détend cependant :

- Monsieur, punition, croit-il bon de m’expliquer, en écarquillant les yeux d’un air honteux.

- Ah ? C’est une punition ? feins-je de découvrir, un petit sourire complice aux lèvres.

- ^^.

Je le laisse continuer son œuvre de salubrité publique et m’éloigne pudiquement.

 

Avant de continuer cette histoire au suspens torride et haletant, il faut quand même que je t’explique quelque chose, ayant pitié de ton ébahissement. Autant, en métropole, donner des lignes comme punition à un élève est totalement prohibé par les instructions officielles, les droits de l’enfant et la convention de Washington sur les espèces protégées (et peut te valoir une sévère mise en garde hiérarchique pour ne pas dire une garde à vue sans lacets au commissariat du coin) autant, ici, cela est tout à fait possible. N’en déplaise aux pédogogistes de tout poils qui n’ont plus vu un marmot depuis les années 68. Quand tu penses qu’astiquer (c'est-à-dire torgnoler, en bon français) est la norme éducative parentale du coin, filer quelques malheureuses lignes est définitivement considéré par les parents comme l’outil pédagogique dernier cri à la mode des Gadas. Autres lieux, autres mœurs…

 

Je m’en reviens à mon écrivain en herbe, qui vient d’ailleurs de terminer le gros oeuvre. Il range la feuille soigneusement pliée en douze dans la poche de son short mensuel, jette son brimborion de Bic au fond d’un sac et s’apprête à mettre discrètement les voiles.  

- Tu as fini tes devoirs ?

Ce que j’aime, chez moi, c’est ma constance dans l’effort, persuadé de la toute puissance du comique de répétition. Le toujours même petit sourire complice aux lèvres, je vais bien finir par dérider le sauvageon. Eh bien, non ! Il se tourne vers moi, avec son air craintivement outré :

- Meuh-sieur, punition !



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