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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 08:30

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Depuis quelques temps (notion vaguement imprécise tout à fait adaptée à la structure temporelle locale), de curieux conifères de signalisation fleurissent au bord des routes et à l’entrée des chemins nengone. Plus exactement dans une zone comprise entre Tadine-Est et Cengeité-Ouest, le long de la côte Sud de l’île.

Ce n’est pas à toi, fidèle lecteur d’entre tous, que je vais apprendre la signification de cette codification limpide que d’aucun, pourtant, qualifierait d’absconne. Cette codification, depuis une succession d’articles de mars, avril et mai 2009, n’a plus aucun secret pour toi.
Mais, à l’attention des nouveaux arrivants interloqués qui viennent de nous rejoindre sur ce blog, je me dois de procéder à un petit rappel aussi pédagogique que bienvenu. A ces derniers, et afin que le rouge de la honte ne les submerge pas plus longtemps, je conseille donc la procédure d’urgence suivante, à savoir la lecture attentive bien qu’accélérée des trois articles d’époque suivants :

La mer est fermée (1) ; La mer est fermée (2) ; La mer est fermée (3)


02_

Cette année, en plus de la traditionnelle fermeture à but écologique (protection des poissons avant les grandes pêches pour la fête de l’igname), un léger différent à caractère foncier semblerait (conditionnel de rigueur !) opposer deux clans de Maré, entraînant fermetures sauvages de sites, mesures de rétorsion et décisions coutumières de prohibition en réaction. Je ferme, tu fermes, il ferme la mer…

C’est ainsi que le paysage nengone s’est peu à peu enrichi de quantité de petits signes aussi authentiques qu’inamicaux, sous la forme de pics dressés, de barrières tressées, de passants stressés... Un impressionnant mur de pierres blanches de style berlinois a même été érigé à l’entrée de la plage de Pede, en remplacement de la vieille chaîne rouillée qui faisait pourtant de longue date partie du paysage. Interdiction partielle ou totale, d’entrer, de passer, de baigner, de pêcher, de se gratter… les interprétations divergent, comme souvent.

Mais que le lecteur anxieux se rassure, les plages en zone libre restent encore nombreuses.

Seuls les touristes en villégiature pour la fête de l’avocat de Nece, en ce week-end du premier mai, risquent d’être un peu surpris…

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Published by Bob Tazar - dans Coutume et traditions
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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 08:00

 mer_tazar_02

  

 

Episode précédent

Ehnijengo ci sibo buhnijengo ko déko yawé co kupa né co nué filet omei pajélé. Wén'oré buhnije nidi ci gajéléci oré célé. Ci nidi sibone co respecté ore ore pajélé. Ci ni di oré one.

Ci oré one aca célé.

Voici l'inscription sibylline que j'ai découverte, pas plus tard que la dernière fois et à ma plus grande joie, devant l'entrée d'une des plages de Mebuet, idéalement située sur la côte ouest.
Suite aux légères incertitudes ayant accompagné les dernières mesures de restriction de l'accès à la mer (voir la mer est fermée 1 et la mer est fermée 2), toute précision est bonne à prendre et je ne vais pas faire la fine bouche (surtout lorsqu'elle est obstruée par un tuba) devant cette volonté autochtone manifeste de clarifier pédagogiquement la situation. Ceci étant dit, il faut quand même reconnaître que, tout comme le sanscrit ancien, le nengone moderne reste pour moi une source de mystère insondable me plongeant à chaque fois dans un abyme de perplexité qui ne trouve son équivalent que dans l'écoute, par une classe de 6° de notre cher collège, de la version originale (en français dans le texte) de Ratus aux sports d'hiver.

Cette inscription étant accompagnée, en guise de ponctuation, d'une barrière en bois d'arbre ostensiblement disposée pour barrer tout passage ainsi que d'un fil de fer aussi barbelé que rébarbatif, je ne me fis (fos, fus...) aucune illusion quant au sens profond du message ainsi véhiculé. Et poursuivis courageusement mon chemin vers des horizons plus hospitaliers, où l'on peut baigner la mer sans déclencher une guerre tribale.

mer_tazar_01

Voulant cependant en avoir le cœur net, et mettant à profit la moindre occasion pour me culturer la teutê (comme disent nos chères têtes brunes métropolitaines), je me fis traduire, quelques jours plus tard, le susdit message. Avec le résultat suivant, aussi surprenant qu'inattendu, que je vous retranscris intégralement et sans aucun supplément :

On vous demande de ne pas faire de chasse sous-marine et de ne pas mettre de filet dans la mer, parce que sinon il n'y aura plus de poissons. Merci beaucoup. Merci beaucoup de respecter la mer.

Signé : le propriétaire de la mer.

Diantre ! Voilà une annonce évidement accueillie avec force plaisir et soulagement par messire moi-même, zoreil de base, certes, mais nettement plus préoccupé par l'éventualité d'être privé de son bain quotidien que par la baisse hypothétique du CAC 40.

En effet, cette fois-ci, les choses sont claires comme de l'eau du trou de Bone. En vertu de l'adage bien connu selon lequel « qui ne dit mot qu'on sent », la seule interdiction de pêcher signifie donc de facto autant que logiquement l'autorisation de baigner la mer. CQFD.
Youpee ! A moi, masque et tuba... A moi, petit shorty seillant et randonnée palmée... A moi, lagon, sable et cocotiers... A moi, plongeons dans l'onde chatoyante et tempérée, malgré des températures automnales nettement en dessous des 30° syndicaux... A moi, la raie de Mebuet...

Dommage simplement que le camarade m'ayant traduit cette missive ait cru bon de l'assortir du commentaire lapidaire suivant :
- A Mebuet ? On peut pas baigner la mer !

 

A suivre...

 

 



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Published by Bob Tazar - dans Coutume et traditions
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 08:30


Résumé de l'épisode précédent :

La mer est fermée à Maré. Partout ? Oui, mais presque.


A Pede, cependant, elle est bien fermée. Sauf que, depuis quelques jours, le panneau de signalisation qui interdisait l'accès, la baignade et la pêche a disparu. Ne subsistent que les feuilles de cocotier autour du tronc.
Cela tendrait-il à indiquer que seule la pêche serait prohibée ? Comme à Nece ?
Pas si sûr.

A Nece, en tous cas, les choses semblaient claires. Un pieu vertical, une feuille de cocotier enroulée autour, roulez jeunesse, on peut baigner la mer ! Pour faire les choses en règle (ce qui est toujours conseillé), nous avons quand même pris, ce week-end, les précautions d'usage et récoltés les autorisations idoines auprès des propriétaires terriens (et donc maritimes) de la plage d'Asicen. Qui nous ont volontiers accordé, sans mégotter, droit d'entrée et de baignade :
- C'est bon, tu peux baigner. Mais sauf piquer le poisson.
Absolution générale, donc, qui ne nous a pas empêchés, une heure plus tard, de nous faire vertement tancer par un autre autochtone, surgi du large en bateau, qui nous a concocté un rappel à la loi aussi ferme que définitif. Et sans réplique :
- La mer est fermée !


Devant ce léger flou législatif qui me laisse parfois, je n'ai pas peur de l'avouer, un tantinet circonspect, je me suis confié à un camarade kanak, originaire d'Eni :
- A Pede, la mer est fermée, mais le panneau a disparu. A Yedjele aussi, elle est fermée, mais on peut se baigner. Comme à Nece, mais pas toujours. A Mebuet, par contre, cela dépend.
Et chez toi, à Eni ?
- A Eni, c'est pareil.

A suivre...

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Published by Bob Tazar - dans Coutume et traditions
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 00:00


La nouvelle est tombée, soudaine, brutale, terrible, jetant la consternation sur l'ensemble de la petite communauté immigrée de Maré. La mer est fermée (water closed, comme disent nos amis pokens) !

Diantre, sur une île de trente bornes de long, voilà qui ne peut laisser personne indifférent. Et surtout pas le métro-fonctionnaire avide de bains turquoises et de sable blanc que je suis devenu.

Telle un vulgaire magasin endimanché de France d'outre-terre, l'ouverture de la mer (et donc de la plage) à Maré, en ce début d'année, fait en effet l'objet de restrictions sévères et ce pour une période approximative de deux mois (selon des sources bien informées bien que parfois légèrement divergentes). 

Fermeture annuelle, et pas pour cause d'inventaire, crois-moi.
Point de marée noire amoco-cadizienne ou d'attaques de méduses, de pollution larvée ou d'algues toxiques, comme dans toute bonne plage nécropolitaine (merci, professeur
Adamsky, pour ce bon mot) qui se respecte.

Plus prosaïquement, cette période est, comme tout le monde ne le sait pas, celle de la fête de l'igname nouvelle, dernière période d'une série de quatre qui conclue le débroussage (juin / juillet), la mise en terre (août / septembre / octobre) et la maturation (novembre / décembre / janvier). L'igname, est-il besoin de le rappeler, est un tubercule sacré qui, dans la société mélanésienne, rythme le temps et les relations sociales, tout en agrémentant quantité de plats et en mettant les palais en émoi de par ses saveurs inégalés. J'en veux pour preuve le célèbre bougna (poisson ou poulet / igname / lait de coco), que le monde entier ne nous envie pas mais qui justifierait à lui seul un séjour sur le Caillou.

A cette occasion, donc, les clans de la mer se réunissent et partent joyeusement à la pêche pour ramener le poisson nécessaire aux ripailles traditionnelles qui égaient régulièrement ces festivités. Ce qui explique les quelques restrictions coutumières destinées avant tout à protéger le met principal du futur ragoût. 

Cela avait déjà été le cas l'année dernière, comme chaque année d'ailleurs, mais à l'époque, entièrement absorbé par mon installation, cette mesure ne m'avait guère affecté, concentré que j'étais sur la recherche active d'un
domicile salubre puis sur les mesures de prophylaxie intenses qui en découlèrent.

En clair, j'avais alors l'esprit nettement moins primesautier.


La mer est donc fermée !

Et, ici comme ailleurs, nul n'est censé ignorer la loi. Que cette dernière soit orale et appelée familièrement coutume ne change rien à l'affaire.

Mais autant le moindre doute, en droit français, au sujet par exemple du remplacement sans frais d'un chauffe-eau défaillant à l'intérieur d'un domicile à usage locatif sera levé en quelques secondes en se plongeant sans peur et sans vergogne dans le code du commerce et son article 121, alinéa 3 in fine, de la loi du 25 janvier 1985 devenu l'article L. 621-122, alinéa 3 in fine, qui énonce une règle de fond attribuant au revendiquant la propriété des biens fongibles qui se trouvent entre les mains du locataire dès lors que ceux-ci sont de même espèce et de même qualité que ceux qu'il a reçu alors même que la prise en considération du moyen selon lequel la rotation rapide des fournitures exclut que les marchandises retrouvées en nature chez le débiteur soient celles mêmes fournies par le bailleur avec une clause de réserve de propriété, autant le caractère strictement oral du droit coutumier peut provoquer, chez le béotien de passage, une période de flottement somme toute bien compréhensible.

Avant de faire une bombe dans l'onde claire en criant « banzai ! », il est donc de bon ton de se renseigner auprès des gens du cru sur l'état de la réglementation en vigueur.

Pour cela, une seule solution : le dialogue.

- La mer est fermée ?
- ^^ (haussement imperceptible de sourcil marquant, je te le rappelle, l'affirmation).
- Pourquoi ?
- Pour la pêche, l'igname.
- Et elle est fermée partout ?
- ^^.
- Même à Yedjele ?
- A Yedjele c'est bon.
- Et à Nece ?
- A Nece, c'est bon, tu peux baigner.
- Si je ne pêche pas, c'est bon ?
- ^^.
- Et derrière le gros rocher, c'est bon aussi ?
- Non, là, tu peux pas baigner. Tu peux juste aller.
- Ah... Et il y a des endroits où je ne peux pas aller ?
- Non, c'est bon, tu peux aller partout.
- Et à Mebuet ?
- A Mebuet, tu peux pas aller.

Si l'on a l'esprit tatillon, on peut bien sûr interroger une seconde personne, voire une troisième dans le cas bien improbable où un doute subsisterait.

De toutes façons, et afin d'éviter tout quiproquo, une signalisation très précise a été mise en place par la DDE locale.

Deux pieux très courts, plantés à un mètre de distance l'un de l'autre, supportant une branche taillée entourées de feuilles de cocotier et posée horizontalement : accès interdit.


Un pieu entouré de feuilles de coco et planté verticalement, comme à Nece sur la plage d'Asicen : pêche interdite. Ou baignade, cela dépend.



Une lourde chaîne rouillée barrant l'accès de la plage de Pede : entrée libre (la chaîne sert juste à empêcher les vaches de sortir du terrain). C'est la feuille de cocotier entourant un tronc qui indique l'interdiction, encore plus claire lorsque cette feuille est accompagnée (ce n'est pas toujours le cas) d'une inscription précise sur un panneau de bois (interdit de pénétrer de baigner de pêcher, par exemple).


Le problème se pose vraiment lorsqu'il n'y a rien de visible. Là, trois interprétations sont possibles : l'accès est libre ; les pieux vont bientôt être posés ; il y a eu du vent dans la nuit.

Dans ce cas, une seule solution : le dialogue.
- La mer est fermée ?

A suivre

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