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Le buzz

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Rejoins-nous vite !


18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 08:00


L’enseignant est, par nature, doté d’un fort esprit de sacrifice. Je ne parle pas là du stoïcisme surdimensionné qui le pousse à supporter, toute une carrière durant, brimades et vexations sans jamais enclencher la machine à baffes. Non. Je veux parler de la nécessité absolue de se vouer corps et âme à sa vocation première, la transmission d’un savoir tout en suscitant le désir et en stimulant la volonté chez nos chères petites têtes brunes. Après que ces dernières aient bien voulu ôter leur capuche et cracher leur chewing-gum, bien entendu.

 

Le problème de l’enseignement dans nos sociétés modernes occidentales provient, en grande partie, des multiples sollicitations extérieures auxquelles doit faire face l’enseignant moyen. Cela ne peut que nuire à son rendement et à son efficacité. Comment aborder de manière efficace et didactique la division de nombres à virgule après une matinée consacrée à lécher les vitrines d’une galerie commerciale aussi futile que clinquante (et à faire chauffer la carte bleue) ? Dans le même ordre d’idée, l’étude de l’appareil reproducteur du crapaud souffrira immanquablement d’un léger manque de rigueur scientifique lorsqu’elle sera dispensée après une nuit blanche passée à siroter une quantité hautement déraisonnable de Gin tonic, la tête appuyée sur une enceinte JBL de 1 500 watts crachant en boucle la dernière soupe de David Guetta.

 

A Maré, par contre, l’enseignant se retrouve de fait placé dans un contexte idéal pour sa pratique professionnelle quotidienne. Il pourra, tel le moine cistercien cloîtré dans son monastère et son ascétisme primaire, se consacrer pleinement à la noblesse de sa tâche sans craindre de s’abîmer dans des abysses pédagogiquement insondables où la queue du prof ne doit jamais mettre le pied.

 

Ici, un seul restaurant, toujours désert, dont la seule animation consiste en la diffusion alternée du journal de 19h30 sur TNC et le dernier Hnatr Buama, en fond sonore. Avant la fermeture définitive de l’établissement, à 21h au plus tard.

Trois petits magasins (grandes surfaces de petite taille) dont le rayon « mode » tient dans une boîte à chaussure.

Un nakamal pour régurgiter l’infâme kava, à la tombée du jour et au coin du feu.

Et puis c’est tout.

 

Pas de bar, de troquet, de salon de thé, de pub, de bouclard, de piano-bar et autre boîte de nuit. Pas de pizzeria japonaise, de restaurant italien, ni d’épicier marocain. Pas de SOS pizza, ni de Mc Do Burger Quick. Pas de Carrefour, de Mammouth ou de Géant-Casino. Pas de magasin de sport, de disquaire ou de vidéo club. Encore moins de salle de concert, de cinéma, de théâtre, de musée du Louvre ou de cirque Pinder. Pas de boucherie Sanzot ou de pâtisserie Lenôtre. Plus de scie circulaire pour l’unique poissonnerie. Pas de librairie ou de marchand de journaux, même pour allumer le feu. Deko magasin d’informatique, d’électroménager ou de multimédia. Aucun salon de massage ou de bien-être, pas plus de salle de gym ou de danse. Pas de toubib, de dentiste, de kiné, de gynéco ou d’ophtalmo privé qui, vu la désertitude ambiante, auraient presque fait office d’attraction. Pas de poney club, de centre équestre ou de parcours d’accrobranche. L’ULM n’est pas encore développé, de même que le parapente et le cerf-volant, qui attirent la pluie. Pas de route 66, pas de panneau de signalisation, pas de gasoil une semaine sur deux, pas de concessionnaire Renault, ni de garagiste tout court. Pas de Grand prix de Monaco, ni de tournoi de Roland-Garros, sauf erreur de ma part. Pas d’office du tourisme et, sans qu’il y ait forcément un lien avec tout ce qui précède, pas de touristes.

 

Le paradis de l’enseignant, je te dis !

 

Problème : il reste la mer, la turquoise avec des petits coraux fluos, qui peut facilement t’entraîner sur les pentes glissantes de la déchéance et des fiches de prép’ bâclées. Mais attention, là encore, tout est prévu ! Il s’agit de la mer dans sa plus simple expression, à savoir avec un masque, un tuba et des palmes, mais sans base nautique,  planche à voile, Kite surf ou wind machin, scooter des mers et autres joyeusetés mondialistes de fort mauvais goût. Sans oublier, ce qui est la moindre des choses, de bien faire gaffe à plonger la tête (et le reste) dans une zone coutumièrement publique et autorisée, lors de périodes bien précises où la mer n’est pas fermée.

 

La plongée bouteille, quant à elle, se déroule uniquement dans le cadre d’une association, depuis que l’ancien club privé a été expulsé avec armes et sans bagages, il y a de cela quelques années. Après palabres et coutumes diverses auprès des grands chefs concernés, il avait été convenu que cette association pourrait sévir dans le cadre limité à la seule zone maritime comprise entre Tadine et Eni. Cet accord verbal, pourtant scrupuleusement respecté jusque là, vient curieusement d’être amputé d’une nouvelle petite parcelle, il y a quelques semaines. Coutume, quand tu nous tiens…

 

Le gros point noir dans cette quête effrénée vers un nihilisme pédagogiquement bénéfique consistait donc, jusqu’à il y a peu, en des parties de badminton en salle, le mardi soir après les cours.

Salle du complexe sportif de Tadurem, filets réglementaires, raquettes de compétition, volants en plume de palmipèdes homologués, dix à quinze personnes assidues (majoritairement des membres du corps enseignant)… Tout était donc réuni pour décompresser bassement après les cours, au lieu de préparer ceux du lendemain.

Fort heureusement, tout est rentré dans l’ordre il y a deux mois, avec une interdiction en bonnet difforme d’utiliser cette salle à l’avenir. Les raisons de ce revirement aussi soudain que brutal sont pour l’heure assez obscures, mais tout laisse à penser qu’une demande d’autorisation coutumière auprès d’un agent d’entretien cousin d’un petit chef de clan aurait été négligée.

 

L’oiseau Pédagogie est encore loin d'avoir été découvert, mais son envol n’a jamais été aussi proche !

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:25

Garçon aux chiens

Le chien est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Il est parfois arrivé qu’un légionnaire confonde un chien avec une chèvre, mais uniquement en état d’ébriété et toujours avec le consentement de la bête. On ne peut donc pas en tirer de généralités.
Si l’on en croit cette définition généreusement proposée par les collègues de Wikipedia, la différence principale entre le chien et le loup serait donc son plus ou moins grand degré de domestication. C’est ainsi que personne n’a jamais raconté à un bambin avide d’historiettes que le petit Chaperon rouge s’était fait dévorer tout cru par son chien. Peut-être de crainte de devoir abandonner, séance tenante, le fidèle Médor dans la forêt de niaoulis la plus proche ?
C’est là que le bât blesse, comme nous n’allons pas tarder à nous en rendre compte.

Il existe de nombreuses races de chien. Rien qu’à Maré, trois espèces cohabitent, en plus ou moins bonne intelligence :

- Ceux de la forêt, qui errent, décharnés, en aboyant le long des routes.

- Ceux des tribus, qui errent, décharnés, en aboyant dans les tribus.

- Ceux de mes voisins, qui errent, décharnés, en aboyant sous mes fenêtres. Surtout la nuit, et en meute.

Le chien jappe, aboie ou fait chier. Souvent les trois à la fois, d’ailleurs.

 

Maré, en effet, est le paradis des chienchiens sur terre, qui ont tout loisir pour se reproduire librement dans la joie et la bonne humeur canine. Les accouplements sont fréquents, parfois sous les yeux des enfants et sans le consentement des familles, et l’usage du préservatif est plus qu’occasionnel. Pour parler franchement, les moyens de contraception sont le plus souvent négligés. Le chien étant ici, comme beaucoup d’autres choses, la propriété de tout le monde et de personne à la fois, aucun risque qu’un quelconque maître attitré ne conduise sa bête préférée au dispensaire, lors des – rares – programmes de stérilisation (gratuite) mis à disposition de la population. C’est toujours ça de préservé chez nos chers toutous que l’ennemi n’aura pas !

 

Le molosse maréen se reproduit donc à une cadence proche de celle du lapin, qui, lui, n’existe pas sur l’île. Cela est fort regrettable, à mon sens, le lapin ayant pour lui deux qualités que ne possède pas son homologue cabot : le goût en civet et la discrétion.

 

Quelles que soient les qualités du plus fidèle ami de l’homme (après la femme), force est de reconnaître que le chien nengone ne fait pas, en effet, dans la pondération. C’est plus fort que lui, il faut qu’il se plaigne. Bruyamment, pendant que la caravane passe. L’autochtone a beau rivaliser d’ingéniosité et user de maints artifices pour amadouer son fidèle compagnon à cinq pattes (coups de bâton, de pied ou de pierres distribués gracieusement et sans compter), le canidé local ne fait pas beaucoup d’effort pour se rendre attachant. Il reste constamment vindicatif, surtout lorsque les poubelles qu’il vient d’éventrer se révèlent insuffisantes à satisfaire son insatiable appétit d’ogre féroce. Il attaque alors sans vergogne les mollets des marcheurs, coureurs et autres cyclistes lors de manœuvres bassement sournoises qui font ressembler une banale balade à la plage de Yedjele en une opération survie dans les bas-fonds des quartiers Est de Nizza la Bella. Certains s’y risquent même avec une poignée de poivre dans la pogne. Ce n’est pas pratique, surtout pour saluer les copains. Et il faut bien faire attention au sens du vent lorsque l’on se fait mordre.

                                                                                                         

Selon une croyance canine ancestrale, le caoutchouc des pneus 175/70 R14 de Renault Clio blanche serait comestible et ferait à son consommateur, qui plus est, un poil long et soyeux. Cela explique sans doute les assauts incessants dont fait l’objet mon véhicule véloce, par des infâmes roquets aussi teigneux que suicidaires. Cependant, le cabot maréen, en plus d’être malveillant, se révèle également fort distrait. Il confond fréquemment les pneus de Clio sus cités avec ceux d’un pick-up 4x4 double cabine. A plus de cent kilomètre/heure, cela lui en bouche parfois un coin.

 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 09:00

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Tout d’abord, une petite précision langagière. En Nengone, le « u » se prononce « ou » et surtout pas « eux », pour des raisons facilement compréhensibles. La tribu de « Medou », ça sonne quand même mieux que la tribu de « mes deux », non ?

Cette petite connerie étant faite, la tribu de Medu, située à l’extrême Sud-est de Maré, abrite en son sein Laurent Yaace, sûrement le sculpteur le plus populaire de l’île. En effet, avant d’être un sculpteur de talent et, qui plus est, en constante amélioration, Laurent se distingue par un sens de l’hospitalité et une gentillesse hors du commun. Un énorme sourire et une tasse de thé accueillent immanquablement le visiteur d’un jour, même si ce dernier met pour la première fois les pieds dans la place.

Parents Tazar et petit Crocodile Jr ont pu apprécier, tout dernièrement, les qualités dudit Laurent. Avec, en prime, un stage de formation « sculpture sur bois », en compagnie des enfants de l’artiste. J’en connais, à Digne les bains, qui ne vont pas tarder à se mettre à la confection de gardiens de maison en bois de gaïac

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 08:00
Turtle

 

Avant de nous replonger dans les bas-fonds tokyoïtes, un plongeon plus classique ( ! ) à la plage de Gurejele, à Mebuet, également nommée Baie des tortues (on comprendra aisément pourquoi). Une eau à 30°, de superbes couleurs ensoleillées par moments, de gros nuages noirs et des gouttes rafraichissantes sur le dos à d’autres.
Et puis notre amie la tortue (enfin, une des nombreuses tortues du coin) qui, quelques secondes à peine après notre mise à l’eau, est venue voir de près à quoi ressemblaient ces intrus somme toute fort sympathiques. Pendant une bonne minute d’intense émotion, nous l’escorterons tranquillement jusqu’au Grand bleu…



L’excelllent reportage photo qui illumine ton écran est l’œuvre de l’ami Pierrot, qui m'accompagnait dans cette sortie, armé de son nouvel appareil sous-marin à convecteurs bi-fluorés. Anciennement « du blog de l’autre côté », Pierrot est depuis la rentrée « du blog d’à côté » puisqu’il vient de récupérer le fauteuil encore chaud du gars JM, parti quant à lui pour de nouvelles aventures en Matnik.
 

Turtle
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 08:39

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J’ai toujours eu du mal à être sérieux. Encore maintenant, je n’y arrive pas.


Je me souviens, il y a de cela quelques années (pas trop quand même), j’avais passé mon dernier week-end avant les oraux de Licence à faire le zouave sur un canoë-kayak, dans les eaux grises de l’Ardèche. C’est con, non ?
Résultat des courses : je me suis pointé le lundi matin sans avoir révisé, en ayant dormi 2 heures (route de nuit pour le retour…) et plombé de coups de soleil. La gueule de l’examinateur quand il m’a vu tituber vers lui…


Tu crois que ça m’a servi de leçon, toi ? Fume !


Alors que la sagesse aurait voulu que je reste tranquillement at home dimanche dernier, à faire chauffer Internet pour rameuter les troupes de Frônce et d’Outre-mer dans l’espoir de me récolter quelques voix supplémentaires pour le blog d’or 2009, non, c’est plus fort que moi, il a fallu que j’aille crapahuter du côté de Dranine, au nord-est de l’île. Et Dranine a beau se prononcer Jeannine, ce qui est beaucoup plus drôle, cela ne change rien au problème.

Tu crois que c’est grave, docteur ?

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 12:49
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La vigilance orange (qui, associée à un chien bleu et à deux pompiers facétieux, avait failli avoir raison des nerfs de Madame Tazar) s'est muée discrètement en vigilance jaune : houle de sud sud-ouest comprise entre 3,5 et 4 m sur la côte Ouest, l'île des Pins et Maré.
Résultat des courses : soleil à gogo avec une mer démontée sur la côte Sud, offrant un spectacle extraordinaire, notamment à Tadine...

La mer n'est pas fermée, mais dur, dur de la baigner. Autant la photographier.

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 09:30
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Bozu, les gens !

Aujourd'hui, comme aurait dit sans rire le poète Cabrel, pas besoin de phrases ni de longs discours, ça change tout dedans, ça change tout autour. Simplement quelques clichés, pris il n'y a pas plus tard que très tout à l'heure, en fin d'après-midi sur la plage de Yedjele.

Bucoliquement votre et tata à tous.

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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 02:46


Suite à l’excelllente (avec 3 « l », elle l’a bien mérité) étude de mon éminent confrère le professeur Adamsky, relative au coût de la vie à Maré, (In « le panier de la ménachère », blog de la famille Adams, art. du 10/11/2008), de laquelle il ressortait, à peu de choses près, que la vie à La Roche est plus chère qu’à Nouméa, elle-même plus chère qu’à Bourgoin-Jallieu, de nombreuses réactions ont vu le jour, la plupart marquées au coin du bon sens.
Pour résumer, et ne conserver que les miennes (qui, jusqu’à preuve du contraire, sont celles auxquelles j’ai la faiblesse d’attacher le plus d’importance), on peut classer ces réactions en une catégorie :
quid du prix de l’alcool ?

Car, si l’ethnocentrisme regrettable qui suinte de cette - pourtant remarquable - étude, passant sans vergogne par perte et profit la différence de 60 F relevée à la pompe entre une bouteille de Mont-Dore vendue dans le (grand) nord à La Roche (chez Poujapoujane), et la même cédée dans le sud à Nece (chez Sophie), peut être mis sur le compte d’une regrettable étourderie ne tirant finalement que peu à conséquence, que dire alors du silence assourdissant concernant la valeur marchande d’une bonne vieille bouteille de denrée liquide alcoolisée ? Non que cette dernière présente un quelconque intérêt pour moi (rassure-toi, maman), plus préoccupé que je suis par la hausse du cours du baril que par celui de la « Numéro Un » (en français dans le texte) ou de la « bouteille carrée », mais quand même. J’aime que les choses soient faites jusqu’au bout et cette omission de l’illustre Adamsky me laisse songeur, c’est plus fort que moi.

Voulant en avoir le cœur net, en ce samedi 29 novembre, et après une dure première partie de journée employée à m’assurer que le soleil atteignait bien le zénith du tropique du Capricorne pile poil au dessus de la piscine du Nengone village, marquant de ce fait, dans cet hémisphère renversé, la venue de l’été, je me rends, accompagné de Madame Tazar, chez Poujane-Poujane, le paradis de la ménagère.
Poujane-Poujane (également appelé Central Euromaré, pour tromper l’ennemi), situé à La Roche, est une des trois petites surfaces de l’île (une petite surface étant une grande surface de petite taille), les deux autres étant « Trop Tard » de Tadine et Golf, le concessionnaire Peugeot comme son nom ne l’indique pas, de Wabao.

A pied d’œuvre, je me rue le cœur battant vers le rayon alcool, non pour m’y abreuver tel le soiffard moyen, mais pour y recueillir les précieux renseignements manquants pour compléter cette étude. Les sens en éveil, j’essaye de détecter immédiatement tout signe ostentatoire tels que étiquette, inscription ou panonceau, pouvant m’éclairer dans mes recherches. Hélas, un large drap, aussi blanc qu’intrigant, s’offre à mes pupilles avides et dilatées.
« Alcool férmé » puis-je décrypter sur ledit drap, inscription péremptoire tracée à la hâte sur l’immaculé linceuil et ornée d’une petite tête de bonhomme facétieux, supposée apporter une légère touche d'humour à cette annotation déprimante et, ainsi, mieux faire passer la pilule.



Me revient alors en mémoire un article lu le matin même dans les Nouvelles calédoniennes, je cite de mémoire (j’ai très bonne mémoire) : « L’alcool interdit dans tout le pays. Depuis hier (vendredi), 16 heures, et jusqu’à lundi, à l’aube, l’alcool est interdit à la vente sur l’ensemble du territoire. »
Depuis septembre, en effet, des mesures de restriction de vente d’alcool sont prises le week-end pour lutter contre l’avinage sauvage et ses conséquences (le tapage diurne, le tapage nocturne et le tapage sur la tête), mais ces mesures étaient toujours limitées à une ou deux communes du territoire (Nouméa, la plupart du temps, où, c'est bien connu, on ne sait pas boire). Cette généralisation soudaine et, surtout, son application à Maré où, habituellement, les plus grandes libertés sont prises avec la Loi républicaine, me stupéfie littéralement.
Je suis stupéfait, donc.
Et, partant du principe qu’il faut toujours remettre à demain ce que l’on ne peut pas faire le jour même, je remets mon étude à plus tard. Non sans avoir une petite pensée émue pour l’éthylique tabacophile, qui, par les temps qui courent, a décidément bien des tracas.

Dépité, j’erre entre les rayons, repensant à la mésaventure survenue au Grand Maître Adamsky, contraint de payer son vieux bout de chaume plastifié 1 140 F (9,55 €). Quelle avanie !
C’est sûr qu’une mésaventure pareille ne risque pas de m’arriver. Tout d’abord parce que, de près ou de loin, puant ou pas, je déteste cordialement toutes les formes, même les moins abouties, de fromages, qui, d’ailleurs, me le rendent bien. Ensuite, parce que, faisant définitivement fi des vieux réflexes culiniers métropolitains, je me suis résolument tourné vers la nourriture LO-CA-LE ! Et puis c’est tout !

Ce que je mets immédiatement en pratique pas plus tard que tout de suite, en me ruant vers le stand des langoustes. 2 500 balles le kilo, 20 malheureux € de chez vous, vous m’en mettrez deux, je parle de langoustes, merci madame. CQFD et qu’on ne vienne plus me dire que la vie est chère à Maré !


Satisfait de mon acquisition, je me suis alors lancé à la recherche de Madame Tazar, qui, il faut le savoir, n’aime rien moins que flâner au grès de ses envies dans les galeries marchandes qu’elle côtoie plus qu’à son tour, de Kourou à Maré en passant par Juan-les-Pins, en s’immergeant pleinement dans les rayons tentateurs.
Je finis par la retrouver dans le secteur « habillement », un profond carton aguicheur disposé entre le rayon des œufs et celui des fromages. Son regard dubitatif, devant un ensemble de petits bas mignons tout plein, cache habilement son profond intérêt pour le distingué bout d’étoffe, très tendance. 500 francs pièce, 4,19 €, à ce prix là, je la connais bien, elle ne va pas hésiter à se faire plaisir et à prendre également le haut assorti. Ce que je l’encourage d’ailleurs à faire au plus vite. Il serait dommage de se priver !




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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 10:45


En Nouvelle-Calédonie, parallèlement aux trois grandes subdivisions administratives (Provinces Sud, Nord et des îles), existent huit aires coutumières dont Nengone, l'aire de Maré. Nengone est elle-même divisée en huit districts coutumiers, qui répondent aux doux noms de Guahma, La Roche, Pénélo, Tadine, Tawainedre, Wabao, Eni et Medu (le petit dernier), chaque district comprenant un nombre plus ou moins important de tribus, trente au total sur l'ensemble de l'île.


Le district le plus important est celui de Guahma (douze tribus) dont le grand chef se trouve donc de ce fait être également le grand chef du tout Maré.
Contrairement au maire de l'île, élu démocratiquement il y a quelques mois selon les bonnes vieilles règles de la République, le grand chef règne sur ses sujets de père en fils. C'est ainsi que, en juin 2007 et devant plus de deux mille personnes (sur un total de 8 000 habitants recensés dans l'île, dont 97% de kanak) rassemblées devant la grande chefferie de Nece (l'une des douze tribus du district), Dokukas-Henri Naisseline, 33 ans, a été intronisé grand chef coutumier de Guahma par son père, Nidoïsh Naisseline.
Ce dernier, ancien fondateur, à la fin des années 60, du groupe radical indépendantiste les « Foulards rouges », lui a confié « la (lourde) tâche de conduire les destinées du district de Guahma, dans cet avenir jonché de hasards et d'incertitudes ».
Le nouveau grand chef, dont le nom signifie « le seul, l'unique » en langue Nengone, longs cheveux bruns tombant sur un sweat sportwear, lunettes de soleil profilées, arbore nonchalamment un look de surfeur baba-cool qui détonne un peu au milieu de ses sujets, plus portés sur le triptyque reggae/Bob/Jamaïque.
Toujours est-il que l'avenir lui appartient (ainsi, également, qu'à ceux qui se lèvent tard).

Ce long développement ampoulé, à destination exclusive des amateurs éclairés, pour  introduire la belle cité de Nece qui, en plus d'accueillir sur ses terres la grande chefferie du district, a l'honneur et l'avantage de m'héberger en son sein.

De ma terrasse, j'ai un point d'observation idéal pour étudier les pérégrinations de mes coreligionnaires qui déambulent le long de la route au gré des rendez-vous d'affaire ou du vent.  Une femme poussant une brouette remplie d'ignames, un gamin en tenue de foot et cartable au dos se rendant à l'école en dansant, un groupe de kanak vagabondant un radio-cassette sur l'épaule, mon voisin et néanmoins pote, Luc, chevauchant son scooter véloce cheveux au vent... les distractions ne manquent pas.


Située sur la côte ouest, la côte des plages (d'où son surnom, un brin ironique, de « cité balnéaire » attribué par les gens du nord et du centre, sûrement quand même un peu jaloux), Nece s'étend langoureusement le long de la route municipale, sur deux kilomètres environ.
Quelques maisons en dur en bord de route, certaines désaffectées, deux ou trois chemins de traverse qui mènent à la mer, bordés de maisons en tôle et de cases... Il faut quand même rester vigilant lors de la traversée du bourg, sous peine d'en ressortir sans même s'en rendre compte.


Le point central de la tribu, lieu de rendez-vous et de passage incontournable pour les locaux, est constitué par le magasin « Chez Sophie », tenu par le sympathique et débonnaire John.
Ici, point de musique sirupeuse d'ascenseur occidental, mais du kaneka à fort volume toute la journée. Une seule exception à la règle : tous les jours, à partir de 18 heures, la sono laisse la place au poste télé, pour le rendez-vous incontournable avec Marina, la soupe quotidienne servie par le petit écran.
Des rayons « alimentation » relativement bien fournis (une fois les vieux schémas métropolitains oubliés), une partie « habillement » qui a laissé Madame Tazar dubitative, un point presse constitué exclusivement et royalement des Nouvelles Calédoniennes, LE quotidien local (lorsqu'il arrive jusque là, ce qui n'est pas souvent le cas), et, coco sur le bougna, une station-service fort utile et appréciée. En effet, lorsque la pénurie d'essence guette et que les deux autres stations de Maré, à Tadine et à La Roche,  ont les réservoirs à sec, chez Sophie, il en reste toujours un peu. Comme dit mon pote Pierre-Jean (qui, lorsqu'il ne fait pas le gestionnaire au collège, a beaucoup d'humour), Sophie, elle a les cuves les plus profondes de l'île !

 
Ici, point de transports en commun (hormis le ramassage scolaire), de bureau de poste ou de banque, de snack ou de restau, ni même de Jazz-Rock Café. Mais une école (maternelle ET primaire), une laverie (chez l'habitant), un apiculteur et une cabine publique complètent timidement le tableau des activités économico-tertiaires du coin, sans le dénaturer pour autant. En effet, hormis cette légère et ultime concession à la sauvage mondialisation capitalistique, Nece conserve toujours son caractère fortement authentique, fait de respect des traditions et d'une rusticité de bon aloi.

Et puis, il y a la mer...

(A suivre)

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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 01:51


A Maré, l'eau potable est gratuite. Plus exactement, elle n'est pas payante, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Offrande de la nature, comme chacun sait, et, à ce titre, ayant un caractère plus ou moins sacré, elle ne pourrait donc servir de prétexte à un quelconque profit financier.
C'est en tous cas l'opinion (respectable) des habitants du cru, qui ont depuis longtemps arrêté leur position en refusant tout simplement de s'acquitter des factures qui, à une époque bien lointaine, encombraient encore leurs boîtes postales. Depuis, cet état de fait a fait jurisprudence et il ne viendrait maintenant à personne l'idée de mettre en péril la paix sociale avec de basses tracasseries procédurières.
Les petits copains de Lifou, eux aussi, ont bien tenté leur chance en demandant cette gratuité (qui coule de source). Avec, peut être, moins de persuasion et donc moins de réussite. A l'heure actuelle, Maré est donc la seule des quatre îles Loyauté (et le seul endroit de Calédonie) où l'on ne paye pas l'eau. Le paradis, je vous le disais !

Mais, contrairement à ce que prétendent les Dieux et certains anciens mal informés, la nature ne fait pas tout. Si pluies et nappes phréatiques ont bien sûr leur mot à dire dans le processus d'acheminement de l'eau potable, châteaux d'eau, pompes et canalisations ont aussi leur rôle à jouer. Un rôle un peu défaillant, depuis quelques temps, avec des problèmes récurrents sur le réseau. Pour ne rien arranger, certains robinets extérieurs semblent couler en permanence, pour arroser un jardin ou parce qu'un joint a pété. Vu le prix, on aurait tort de se priver. Certaines personnes, si mes informations sont exactes, oublieraient même de fermer le robinet du lavabo de la salle de bain pour se brosser les dents, comme le préconise pourtant Monsieur Hulot.
Tout cela entraîne de gros problèmes de pression, avec pour résultat de ridicules filets d'eau incapables de déclencher les chauffe-eau. Avec des températures pouvant, en cette fin d'hiver, descendre en dessous de 10° la nuit, la douche matinale est plus que tonique et permet d'arriver frais et réveillé au boulot.
Et peu de chance de voir la situation s'améliorer, la société responsable rechignant à entretenir le réseau au motif mesquin qu'elle n'est pas payée !

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