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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 09:00

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C’est un week-end dramatique que viennent de vivre les habitants de Maré, week-end qui laissera pour longtemps des traces profondes au sein de la population de l’île.

4 morts par balles, 23 blessés, jets de pierres, dégradations diverses, barrages routiers, voitures incendiées, une centaine de militaires en renfort… De véritables scènes de guérilla, un accès de folie fratricide, entre Kanak, certains de même famille.

 

Le conflit autour d’Aircal et le blocage depuis deux semaines de l’aérodrome de La Roche ont fini par mettre le feu aux poudres. Mais de nombreux autres antagonismes (principalement coutumiers et fonciers) couvaient depuis longtemps déjà et menaçaient de dégénérer. C’est chose faite.

Nidoïsh Naisseline, Aircal, grand-chef, district de Guahma, découpage foncier, USTKE, arme et alcool sont autant de mots clés pour mieux cerner les raisons de cette tragédie annoncée.

 

Mais, pour l’heure, c’est d’abord la stupeur et la tristesse qui prédominent. En espérant que le recueillement prenne le pas sur le désir de vengeance, chaque famille ayant un lien coutumier plus ou moins fort avec l’une des victimes.

 

Les dates tragiques ne manquaient pas dans l’histoire récente de la Nouvelle-Calédonie :

- L’embuscade de Tiendanite, le 5 décembre 1984.

- La prise d’otages d’Ouvéa, en mai 1988.

- L’assassinat de Jean-Marie-Tjibaou et de Yeiwene Yeiwene, le 4 mai 1989.

 

Il y aura maintenant le 6 août 2011, à Maré.

 

Quinze ans et une coutume de réconciliation, en 2004, auront été nécessaires pour que les gens de Hienghène et ceux d’Ouvéa renouent des liens à la suite de l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou. Il est à craindre que les évènements de ce week-end à Maré consacrent la fracture définitive, et pour une longue période, entre les gens de Guahma et ceux du reste de l’île.

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Published by Bob Tazar - dans Les grandes dates
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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 10:32



26 juin, date historique pour la Nouvelle-Calédonie contemporaine.
C'est en effet le 26 juin 1988, il y a tout juste vingt ans, que Jacques Lafleur, président du RPCR (Rassemblement Pour la Calédonie dans la République) loyaliste, et Jean-Marie Tjibaou, leader du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanake et Socialiste) indépendantiste, signaient les accords de Matignon. Des accords qui mettaient fin à quatre ans d'une guerre civile qui n'a jamais voulu dire son nom, guerre civile marquée par de nombreux assassinats et deux évènements particulièrement tragiques et marquants : l'embuscade de Tiendanite, le 5 décembre 1984 (dix kanak assassinés, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou) et la prise d'otages d'Ouvéa (vingt cinq morts, dont dix-neuf kanak).

Ces accords, que l'on appelle ici le « miracle calédonien » et qui préfigurent le « destin commun », ont été obtenus par Michel Rocard, nouveau premier ministre, et « ont contribué au rétablissement de la paix civile, à renouer le dialogue entre les communautés vivant en Nouvelle-Calédonie, créant ainsi les conditions de stabilité nécessaires sur le plan politique, économique, social et culturel » (déclaration du FLNKS du 20/06/2008).


La poignée de main historique entre les ennemis d'hier, symbole du destin commun et acte fondateur de la Calédonie moderne, fait d'ailleurs actuellement l'objet d'une exposition d'œuvres diverses sur ce thème, au Centre Tjibaou de Nouméa. Une exposition curieusement intitulée « Si y'a pas toi, y'a pas moi », dans un langage qui se veut résolument plus moderne que colonialiste, évitant ainsi de justesse « Moi aimer toi » ou « Y'a bon, banania ! », qui auraient fait désordre.

Pour fêter ça, le 26 juin 2008 a été déclaré jour férié par le président du gouvernement et le haut-commissaire, ce qui est quand même la moindre des choses.
Après le 1er mai, qui a entraîné un pont de 4 jours, et le 8 mai, qui a provoqué un viaduc de 5 jours car couplé au fameux lundi de Pentecôte (que l'on continue de chômer, ici !), voici donc le 26 juin, nouveau jour férié. Mais pas de nouveau pont pour autant, cependant. Nous irons donc au charbon vendredi 27, ce qui est quand même assez mesquin. Et surtout totalement contreproductif puisque, l'internat du collège de La Roche étant fermé ce jeudi, il ne devrait pas y avoir demain beaucoup de clients candidats à la culture, en cette veille de week-end.

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 11:05


Fini de rire ! La Calédonie commémore, ce 5 mai 2008, les vingt ans de l'épilogue tragique de la prise d'otage d'Ouvéa. Les tensions sont maintenant retombées, partage du pouvoir, redistribution des terres et des richesses ayant ouvert la voie à ce que l'on appelle ici le « destin commun ».
Mais il n'est pas inutile de revenir sur ces heures sombres qui ont mis en lumière des pratiques coloniales d'un autre temps...


1984

5 décembre : dix Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, sont tués dans une embuscade sur la route de Tiendanite, au-dessus de Hienghène. 300 douilles seront ramassées sur les lieux, certains corps criblés de balles seront même difficilement identifiés par les familles. Les auteurs de l'embuscade s'enfuient dans les montagnes et, aidés par les réseaux loyalistes (NDLR: qui respectent la légalité républicaine !), réussissent à gagner Nouméa en hélicoptère, où ils se constituent prisonniers.
Hienghène est en état de choc. Les derniers Blancs, sans demander leur reste, fuient la région.


1987

Août : rassemblement pacifique du FLNKS place des Cocotiers, à Nouméa, violemment dispersé par la police.

13 septembre : référendum d'autodétermination boycotté par la plupart des Kanak, sur le nouveau statut de la Calédonie (statut conçu par M. Pons).

29 octobre : à l'annonce de l'effrayant verdict d'acquittement des auteurs de la fusillade de Hienghène, Jean-Marie Tjibaou, le non-violent, déclare : « Cela veut dire qu'on peut abattre les Kanak comme des chiens (...). Il n'y aura pas de justice pour les Kanak tant qu'il n'y aura pas d'indépendance. Cela veut dire que la justice ne peut se faire qu'à coups de fusils. »

13 novembre : au congrès  de l'UC, les dirigeants du FLNKS appellent à la « résistance ».


1988

26 janvier : Pons annonce la décision du gouvernement de faire coïncider en Calédonie les élections régionales et le premier tour des présidentielles, le 24 avril. Le FLNKS appelle ses militants à organiser la résistance par tous les moyens.

22 février : à Poindimié, neuf gendarmes sont pris en otages, et libérés après une nuit de détention.

11 avril : incidents à Nouméa entre indépendantistes et « loyalistes ».

12 avril : la gendarmerie de Fayaoué, à Ouvéa, est attaquée par des militants du FLNKS. Quatre gendarmes sont tués. Les autres sont pris en otages. Le gouvernement confie à l'armée une mission de police sur Ouvéa, qui est déclarée « zone militaire ».

22 avril au 5 mai : la France fait la guerre sur son propre territoire national (pillages, saccages, ratissages, regroupements de population, tortures, prisonniers sommairement exécutés, interdiction de la presse...).

23 avril : Pons annonce que les gendarmes ont été tués « à coups de haches et de sabres d'abattis », Chirac parle d'actes de « sauvagerie » et de « barbarie », le Figaro précise que les victimes ont été « découpées à coups de machettes ».

24 avril : les autopsies pratiquées à la morgue de Nouméa établissent sans équivoque qu'aucun gendarme n'a été victime de blessures mortelles à l'arme blanche, ni de mutilations.

Elections régionales, premier tour de l'élection présidentielle. Ces élections se déroulent dans un climat de guerre. Dans toutes les communes peuplées en majorité de Kanak, le taux d'abstention est tel que les résultats n'ont aucune valeur (74,67 % pour Chirac ; 12,39% pour Le Pen ; 4,98 % pour Mitterrand ...).

25 et 26 avril : interrogatoires et sévices à Gossanah.

26 avril : les seize otages arrivent à la grotte d'Ouvéa, après avoir été déplacés pendant cinq jours, grâce au soutien de la population locale.

27 avril : le substitut Bianconi et le capitaine Legorjus, chef du GIGN, sont faits prisonniers aux abords de la grotte. Mais Legorjus gagne la confiance des preneurs d'otages, au point d'être relâché le soir même pour servir de messager.

28 avril : face à face télévisé entre Mitterrand et Chirac, entre les deux tours de l'élection présidentielle.

Chirac : « je ne respecte pas M. Tjibaou, quelqu'un qui est devenu un terroriste. Je ne respecte pas le FLNKS, et je ferais tout pour que ce groupe terroriste soit réduit. (...) M. Mitterrand, lorsque vous avez pris le pouvoir en 1981, la Calédonie était totalement calme. (...) Il n'y avait aucun problème calédonien. (...) A partir de 1986, le calme est revenu sur le territoire. (...) Je connais bien la Nouvelle-Calédonie, j'y suis allé onze fois, ce qui me donne une certaine supériorité par rapport à ceux qui ne connaissent pas cette terre. »

Mitterrand : « il y avait le calme avant mars 1986. (...) On ne peut assurer l'harmonie dans l'injustice et l'oppression. (...) Ce qui compte toujours, aujourd'hui et demain, c'est le dialogue. (...) Le dialogue est la règle de la République, il faut retourner au dialogue.»

28 avril : Legorjus entame des allers-retours entre la grotte et l'extérieur. Le chef des preneurs d'otages, Alphonse Dianou, se déclare prêt à négocier.

29 avril : Pons donne à Legorjus l'ordre de ne plus retourner dans la grotte.

30 avril : en présence de Pons, le général Vidal plaide pour une solution de force : bombardement, utilisation de napalm ou de défoliant... Pons laisse carte blanche aux militaires et quitte courageusement le territoire.

2 mai : du côté des chefs indépendantistes, on déclare vouloir attendre le 8 mai, et les résultats de l'élection présidentielle. La rumeur circule même parmi les habitants de Gossanah que tous les otages seront libérés le 9 mai.

3 mai : le substitut Bianconi qui, lui aussi, peut circuler, réussit à faire passer des armes aux otages.
Pour Le Pen, qui n'en rate pas une, il n'y a qu'une seule alternative pour les « terroristes rebelles » : la soumission ou l'extermination.
Pons, dans une lettre adressée à Vidal évoque « une action de force qui permettrait la libération sans concession des otages. (...) L'honneur de la France et de l'armée française sont en jeu. » Lettre transmise à Paris, qui reçoit l'aval de Chirac, puis de Mitterrand. Feu vert est donné à l'opération « Victor ».

5 mai : assaut contre la « grotte aux guerriers ». Dix-neuf Kanak et deux militaires sont tués.

8 mai : Mitterrand est réélu Président de la République. En Calédonie, Chirac obtient 90,29% des suffrages exprimés. Obsèques des dix-neuf d'Ouvéa, dans une tombe commune au centre de l'île.

9 mai : « Le monde » publie de nombreux témoignages faisant état de l'exécution sommaire de trois blessés kanak. André Giraud, ministre de la Défense, annonce qu'il porte plainte contre X pour « diffamation envers l'armée. »

10 mai : nomination de Michel Rocard au poste de premier ministre.

15 mai : Rocard annonce l'envoi d'une mission de six personnes chargée de rétablir le dialogue.

21 mai : les témoignages de prisonniers kanak qui, dispersés dans différents établissements pénitentiaires n'ont pu se concerter, confirment qu'il y a bien eu exécutions sommaires.

24 mai : Pons brocarde les croyances kanak, les éléments spirituels et le caractère sacré de la grotte de Gossanah.

15 juin : Rocard reçoit, ensemble, Lafleur et Tjibaou, les ennemis d'hier, pour renouer le dialogue.

26 juin : poignée de main historique entre Tjibaou et Lafleur, signature des accords de Matignon.

Septembre : Pons confie à l'hebdomadaire royaliste Aspects de la France, constant soutient de Le Pen : « s'il fallait refaire ce que j'ai fait, je le referais. »

6 novembre : référendum national sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie.


Nous sommes en 1988. M. Pons est ministre de l'outre-mer. Pour fêter ça, il revient sur le statut Pisani qui avait au moins le mérite d'avoir calmé le jeu. Les Kanak, toujours aussi susceptibles, se sentent une fois de plus trahis. Un an plus tôt, une manifestation pacifique à Nouméa a été dispersée à coups de matraque et de lacrymogène. Pour bien montrer qui est le patron, l'ami Pons, qui a du mal à situer la Calédonie sur une carte, annonce que « si les Kanak bougent, on va leur serrer le kiki ».

Les Kanak en question décident de bouger, justement. Une attaque généralisée de toutes les gendarmeries du territoire et des îles est prévue, puis annulée à la suite de nouvelles tractations. Mais à Ouvéa, île paradisiaque mais où il ne faut pas trop chatouiller l'autochtone, l'annulation de l'opération n'est pas connue. Les indépendantistes du coin, un peu distraits sur ce coup, partent donc seuls au casse pipe. Attaque de la gendarmerie, quatre gendarmes tués, les autres emmenés en otage dans une grotte perdue dans la forêt, dans le nord de l'île.

La France envoie l'armée pour rétablir l'ordre, ce qui est contraire à la constitution, la Calédonie n'ayant été à aucun moment déclarée en guerre. Mais il est de toute façon trop tard pour commencer à respecter la légalité républicaine.
Le mot d'ordre et le seul souci de l'Etat français : résoudre la crise avant les élections présidentielles du 8 mai.
- On n'va pas laisser une poignée de sauvages à moitié nus foutrent le bordel dans nos belles élections, cré vin'diou !, clament en cœur nos amis Mitterrand, Chirac, Pons ainsi que Jean-René Goujon, patron du Café des Sports de Brétigny/Argens.

Le Lieutenant Legorjus, qui depuis le début de la prise d'otages fait office de médiateur entre les indépendantistes et l'armée, a beau répéter que les Kanak sont prêts à se rendre sans effusion de sang, ordre est donné par le premier ministre (Chirac), après accord du chef des armées (Mitterrand), d'envoyer la purée. Bilan de l'opération "Victor": actes de tortures perpétrés sur des civils, vingt et un morts dont dix-neuf Kanak, certains après s'être rendus, un autre ayant malencontreusement glissé de l'hélicoptère au dessus de l'océan.
Au journal de 20 heures, devant la France entière, Mitterrand, les yeux dans les yeux de Chirac, jure ne pas avoir été tenu au courant de l'opération. Il sera réélu Président de la république quelques jours plus tard, dans la joie et l'allégresse.

Au mois de juin, Michel Rocard, nouveau premier Ministre, réalise le miracle en obtenant la signature des accords de Matignon et une poignée de main historique entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, les ennemis d'hier. La Calédonie peut s'engager vers un « destin commun ».

 

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