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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 11:05


Fini de rire ! La Calédonie commémore, ce 5 mai 2008, les vingt ans de l'épilogue tragique de la prise d'otage d'Ouvéa. Les tensions sont maintenant retombées, partage du pouvoir, redistribution des terres et des richesses ayant ouvert la voie à ce que l'on appelle ici le « destin commun ».
Mais il n'est pas inutile de revenir sur ces heures sombres qui ont mis en lumière des pratiques coloniales d'un autre temps...


1984

5 décembre : dix Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, sont tués dans une embuscade sur la route de Tiendanite, au-dessus de Hienghène. 300 douilles seront ramassées sur les lieux, certains corps criblés de balles seront même difficilement identifiés par les familles. Les auteurs de l'embuscade s'enfuient dans les montagnes et, aidés par les réseaux loyalistes (NDLR: qui respectent la légalité républicaine !), réussissent à gagner Nouméa en hélicoptère, où ils se constituent prisonniers.
Hienghène est en état de choc. Les derniers Blancs, sans demander leur reste, fuient la région.


1987

Août : rassemblement pacifique du FLNKS place des Cocotiers, à Nouméa, violemment dispersé par la police.

13 septembre : référendum d'autodétermination boycotté par la plupart des Kanak, sur le nouveau statut de la Calédonie (statut conçu par M. Pons).

29 octobre : à l'annonce de l'effrayant verdict d'acquittement des auteurs de la fusillade de Hienghène, Jean-Marie Tjibaou, le non-violent, déclare : « Cela veut dire qu'on peut abattre les Kanak comme des chiens (...). Il n'y aura pas de justice pour les Kanak tant qu'il n'y aura pas d'indépendance. Cela veut dire que la justice ne peut se faire qu'à coups de fusils. »

13 novembre : au congrès  de l'UC, les dirigeants du FLNKS appellent à la « résistance ».


1988

26 janvier : Pons annonce la décision du gouvernement de faire coïncider en Calédonie les élections régionales et le premier tour des présidentielles, le 24 avril. Le FLNKS appelle ses militants à organiser la résistance par tous les moyens.

22 février : à Poindimié, neuf gendarmes sont pris en otages, et libérés après une nuit de détention.

11 avril : incidents à Nouméa entre indépendantistes et « loyalistes ».

12 avril : la gendarmerie de Fayaoué, à Ouvéa, est attaquée par des militants du FLNKS. Quatre gendarmes sont tués. Les autres sont pris en otages. Le gouvernement confie à l'armée une mission de police sur Ouvéa, qui est déclarée « zone militaire ».

22 avril au 5 mai : la France fait la guerre sur son propre territoire national (pillages, saccages, ratissages, regroupements de population, tortures, prisonniers sommairement exécutés, interdiction de la presse...).

23 avril : Pons annonce que les gendarmes ont été tués « à coups de haches et de sabres d'abattis », Chirac parle d'actes de « sauvagerie » et de « barbarie », le Figaro précise que les victimes ont été « découpées à coups de machettes ».

24 avril : les autopsies pratiquées à la morgue de Nouméa établissent sans équivoque qu'aucun gendarme n'a été victime de blessures mortelles à l'arme blanche, ni de mutilations.

Elections régionales, premier tour de l'élection présidentielle. Ces élections se déroulent dans un climat de guerre. Dans toutes les communes peuplées en majorité de Kanak, le taux d'abstention est tel que les résultats n'ont aucune valeur (74,67 % pour Chirac ; 12,39% pour Le Pen ; 4,98 % pour Mitterrand ...).

25 et 26 avril : interrogatoires et sévices à Gossanah.

26 avril : les seize otages arrivent à la grotte d'Ouvéa, après avoir été déplacés pendant cinq jours, grâce au soutien de la population locale.

27 avril : le substitut Bianconi et le capitaine Legorjus, chef du GIGN, sont faits prisonniers aux abords de la grotte. Mais Legorjus gagne la confiance des preneurs d'otages, au point d'être relâché le soir même pour servir de messager.

28 avril : face à face télévisé entre Mitterrand et Chirac, entre les deux tours de l'élection présidentielle.

Chirac : « je ne respecte pas M. Tjibaou, quelqu'un qui est devenu un terroriste. Je ne respecte pas le FLNKS, et je ferais tout pour que ce groupe terroriste soit réduit. (...) M. Mitterrand, lorsque vous avez pris le pouvoir en 1981, la Calédonie était totalement calme. (...) Il n'y avait aucun problème calédonien. (...) A partir de 1986, le calme est revenu sur le territoire. (...) Je connais bien la Nouvelle-Calédonie, j'y suis allé onze fois, ce qui me donne une certaine supériorité par rapport à ceux qui ne connaissent pas cette terre. »

Mitterrand : « il y avait le calme avant mars 1986. (...) On ne peut assurer l'harmonie dans l'injustice et l'oppression. (...) Ce qui compte toujours, aujourd'hui et demain, c'est le dialogue. (...) Le dialogue est la règle de la République, il faut retourner au dialogue.»

28 avril : Legorjus entame des allers-retours entre la grotte et l'extérieur. Le chef des preneurs d'otages, Alphonse Dianou, se déclare prêt à négocier.

29 avril : Pons donne à Legorjus l'ordre de ne plus retourner dans la grotte.

30 avril : en présence de Pons, le général Vidal plaide pour une solution de force : bombardement, utilisation de napalm ou de défoliant... Pons laisse carte blanche aux militaires et quitte courageusement le territoire.

2 mai : du côté des chefs indépendantistes, on déclare vouloir attendre le 8 mai, et les résultats de l'élection présidentielle. La rumeur circule même parmi les habitants de Gossanah que tous les otages seront libérés le 9 mai.

3 mai : le substitut Bianconi qui, lui aussi, peut circuler, réussit à faire passer des armes aux otages.
Pour Le Pen, qui n'en rate pas une, il n'y a qu'une seule alternative pour les « terroristes rebelles » : la soumission ou l'extermination.
Pons, dans une lettre adressée à Vidal évoque « une action de force qui permettrait la libération sans concession des otages. (...) L'honneur de la France et de l'armée française sont en jeu. » Lettre transmise à Paris, qui reçoit l'aval de Chirac, puis de Mitterrand. Feu vert est donné à l'opération « Victor ».

5 mai : assaut contre la « grotte aux guerriers ». Dix-neuf Kanak et deux militaires sont tués.

8 mai : Mitterrand est réélu Président de la République. En Calédonie, Chirac obtient 90,29% des suffrages exprimés. Obsèques des dix-neuf d'Ouvéa, dans une tombe commune au centre de l'île.

9 mai : « Le monde » publie de nombreux témoignages faisant état de l'exécution sommaire de trois blessés kanak. André Giraud, ministre de la Défense, annonce qu'il porte plainte contre X pour « diffamation envers l'armée. »

10 mai : nomination de Michel Rocard au poste de premier ministre.

15 mai : Rocard annonce l'envoi d'une mission de six personnes chargée de rétablir le dialogue.

21 mai : les témoignages de prisonniers kanak qui, dispersés dans différents établissements pénitentiaires n'ont pu se concerter, confirment qu'il y a bien eu exécutions sommaires.

24 mai : Pons brocarde les croyances kanak, les éléments spirituels et le caractère sacré de la grotte de Gossanah.

15 juin : Rocard reçoit, ensemble, Lafleur et Tjibaou, les ennemis d'hier, pour renouer le dialogue.

26 juin : poignée de main historique entre Tjibaou et Lafleur, signature des accords de Matignon.

Septembre : Pons confie à l'hebdomadaire royaliste Aspects de la France, constant soutient de Le Pen : « s'il fallait refaire ce que j'ai fait, je le referais. »

6 novembre : référendum national sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie.


Nous sommes en 1988. M. Pons est ministre de l'outre-mer. Pour fêter ça, il revient sur le statut Pisani qui avait au moins le mérite d'avoir calmé le jeu. Les Kanak, toujours aussi susceptibles, se sentent une fois de plus trahis. Un an plus tôt, une manifestation pacifique à Nouméa a été dispersée à coups de matraque et de lacrymogène. Pour bien montrer qui est le patron, l'ami Pons, qui a du mal à situer la Calédonie sur une carte, annonce que « si les Kanak bougent, on va leur serrer le kiki ».

Les Kanak en question décident de bouger, justement. Une attaque généralisée de toutes les gendarmeries du territoire et des îles est prévue, puis annulée à la suite de nouvelles tractations. Mais à Ouvéa, île paradisiaque mais où il ne faut pas trop chatouiller l'autochtone, l'annulation de l'opération n'est pas connue. Les indépendantistes du coin, un peu distraits sur ce coup, partent donc seuls au casse pipe. Attaque de la gendarmerie, quatre gendarmes tués, les autres emmenés en otage dans une grotte perdue dans la forêt, dans le nord de l'île.

La France envoie l'armée pour rétablir l'ordre, ce qui est contraire à la constitution, la Calédonie n'ayant été à aucun moment déclarée en guerre. Mais il est de toute façon trop tard pour commencer à respecter la légalité républicaine.
Le mot d'ordre et le seul souci de l'Etat français : résoudre la crise avant les élections présidentielles du 8 mai.
- On n'va pas laisser une poignée de sauvages à moitié nus foutrent le bordel dans nos belles élections, cré vin'diou !, clament en cœur nos amis Mitterrand, Chirac, Pons ainsi que Jean-René Goujon, patron du Café des Sports de Brétigny/Argens.

Le Lieutenant Legorjus, qui depuis le début de la prise d'otages fait office de médiateur entre les indépendantistes et l'armée, a beau répéter que les Kanak sont prêts à se rendre sans effusion de sang, ordre est donné par le premier ministre (Chirac), après accord du chef des armées (Mitterrand), d'envoyer la purée. Bilan de l'opération "Victor": actes de tortures perpétrés sur des civils, vingt et un morts dont dix-neuf Kanak, certains après s'être rendus, un autre ayant malencontreusement glissé de l'hélicoptère au dessus de l'océan.
Au journal de 20 heures, devant la France entière, Mitterrand, les yeux dans les yeux de Chirac, jure ne pas avoir été tenu au courant de l'opération. Il sera réélu Président de la république quelques jours plus tard, dans la joie et l'allégresse.

Au mois de juin, Michel Rocard, nouveau premier Ministre, réalise le miracle en obtenant la signature des accords de Matignon et une poignée de main historique entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, les ennemis d'hier. La Calédonie peut s'engager vers un « destin commun ».

 

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Published by Bob Tazar - dans Les grandes dates
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commentaires

fabrice raffaelli 07/05/2008 19:45

Putain!!! Merci de nous rafraîchir la mémoire...Mais concernant la France, de quelle république nous parles-tu? Mes souvenirs d'histoire et de philosophie me semblent flous ou plus certainement antiques, cependant il me reste quelque chose des grandes idées généreuses et humanistes du siècle des lumières et d'une poignée de fous capables d'annoncer au monde que " les hommes naissent libres et égaux en droit". Consolons nous alors et force à l'UTOPIE! Grosses bises à toi de nous 3 et surtout bon rétablissement...

Bob Tazar 11/05/2008 12:39



Tu dis ça parce que tu es en colère...
Grosses bises à vous 3.



Thomas 06/05/2008 17:28

Voici donc de quoi lancer une recherche documentaire dans le cadre d'un club-journal parfois en peine d'inspiration ...

;-)

Bob Tazar 11/05/2008 12:40



En peine d'inspiration ? Tu es difficile, toi...



Laure VATRICAN 05/05/2008 23:38

C''est une page d'histoire de France peu reluisante et que le pouvoir a vite balayée dans les oubliettes. Merci de nous la rappeler dans ses détails. Et il serait intéressant que tu nous décrives la situation actuelle et le destin commun que la Nouvelle Calédonie a construit depuis, vu de l'intérieur. En attendant donc la suite ... la Tour Eiffel reste à l'écoute.
Laure

Bob Tazar 11/05/2008 12:41



Je retiens la suggestion, bien sûr...



Chab j.c et M.Th 05/05/2008 23:12

Que dire de plus après ce cours magistrale !
Rien, si ce n'est une petite anecdote :
Lors des accords de Matignon, Michel Rocard, souffrant de coliques néphrétiques a du avoir recours à la morphine pour venir parapher ces accords.
Et n'oublions pas que jean-marie Tjibaou a payer de sa vie ces accords. Moins d'un an après, le 4 mai 1989 il est assassiné, avec Yeiwéné Yeiwéné *, son bras droit au FLNKS, lors de la commémoration de la tragédie d'Ouvéa, par un Kanak (Djubelly Wéa) opposé aux accords de Matignon de juin 1988.
* Yeiwéné Yeiwéné dont le corps est enterré sur l'île de Maré.

Bob Tazar 11/05/2008 12:53



Si les coliques de Michel Rocard ont malheureusement été occultées, l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou a fortement marqué l'histoire de la Calédonie. Il a fallu attendre 15 ans, en
2004, pour qu'une coutume de pardon ait lieu entre les gens de Hienghène (Tjibaou) et d'Ouvéa (Wéa), pour marquer leur réconciliation.



Tatie Nicole 05/05/2008 17:58

Merci pour ce cours d'histoire...On ne se sent pas fier au rappel de ces horreurs...A toi ,mon neveu ,de redorer le blason français quelque peu terni dans l'histoire !je t'embrasse.Tatie.

Bob Tazar 05/05/2008 23:34



A Maré, il vaut mieux laisser le blason français pudiquement dissimulé au fond de la poche...