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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 12:00


Une question primordiale, philosophique en diable, va nous occuper aujourd'hui : les livres ont-ils un sens ?


Mais attention, par sens, je n'entends pas « signification » car, là, la réponse serait évidement affirmative. J'ai déjà lu, en effet, quantité d'ouvrages de Frédéric Dard qui débordaient de sens, de tous les côtés. « Y en avait dans les pâtes », « Bouge ton pied que je vois la mer », « L'année de la moule », « La fête des paires » et toute une chiée d'autres qui vous réconcilient instantanément avec la littérature sensée.
Non, par sens j'entends un endroit et un envers, un recto et un verso, un haut et un bas. Un sens, quoi.

Si je me pose subitement cette question troublante, ce n'est pas par pure curiosité intellectuelle mais bien parce que, après quinze ans d'une brillante carrière, le bibliothécaire étriqué qui sommeille dans tout bon documentaliste qui se respecte commence à s'agacer un brin de devoir systématiquement remettre des bouquins en place sur leurs rayonnages. C'est vrai, quoi !

En métropole, au moins, le désordre avait le mérite d'être clair. Les petits sauvageons connaissaient tous (ou presque) le sens, de lecture comme de rangement. Seul leur esprit facétieux et anticonformiste les poussait, lorsque je m'aventurais à leur tourner le dos quelques instants, à balancer le dernier Titeuf dans le rayon 830, réservé pourtant, ils le savaient bien, à la littérature de langue germanique.

A La Roche, par contre, le problème semble légèrement différent.
Pour commencer, les élèves lisent beaucoup plus qu'en France. Plus de dix livres en moyenne par élève et par heure. Le record de l'année 2008 (à l'heure où je mets sous presse) étant détenu par un élève de 6°1 qui a évacué la lecture intégrale du volume 4 de l'encyclopédie médicale de Nouvelle-Calédonie des professeurs Touzard, Arnold, Zante & Verschoore (2 kg 6) pendant le trajet entre le rayonnage et sa chaise. Douze secondes chrono. Et qui a donc bouclé la boucle en retournant déposer dans la foulée le précieux manuscrit. A l'envers.
- Tu l'as déjà terminé ?
- ??? (sursaut de surprise, une main protectrice sur la tête)
- Tu l'as déjà terminé ?
- ^^ (haussement imperceptible de sourcil, marquant, je vous le rappelle, l'acquiescement).
- Bien, bien. Tu peux au moins le remettre dans le bon sens ?
- ???
- Tu vois bien qu'il est à l'envers, non ?
Non, visiblement il ne voyait pas. Son petit regard perdu avait des accents de sincérité qui ne trompaient pas.

Cette scène ayant tendance à se généraliser un peu trop à mon goût (mon superbe fond documentaire de quatre cents titres étant intégralement à reclasser au bout d'une seule semaine de quatre jours), il m'a fallu bien sûr procéder à un léger recadrage pédagogique.
J'ai donc commencé par faire appel au vécu de l'élève, comme il est inculqué sans rire dans les bréviaires normaliens. Le problème, c'est que les rédacteurs de ce genre d'ouvrages n'ont que rarement mis les pieds en brousse ou dans les îles de Nouvelle-Calédonie (pas plus dans une classe métropolitaine, d'ailleurs, mais ceci est un autre débat). Or, l'objet livre n'est pas la chose la plus répandue en tribu, en tous cas bien loin derrière la bibiche, le sabre et la bouteille carrée. Quant aux bibliothèques Louis XVI, elles sont quasiment inexistantes dans les cases (cf photo ci-dessous).


J'ai poursuivi ma quête d'absolu en instruisant une démarche générale d'investigation se traduisant par l'étude systémique de l'objet en organisant des séquences d'appropriation tout en stimulant le processus cognitif manipulatoire. En clair, j'ai demandé à quelques gamins de prendre un livre, de le feuilleter puis de le remettre en place. Tout en observant attentivement le résultat, en transpirant. Et là, il apparaît nettement qu'il n'y a aucune constante. Tranches en avant, titres à l'envers, et vas-y que je te pousse tout ça... La volonté de bien faire est manifeste, puisqu'ils ne me quittent pas du regard pendant l'action, mais le résultat est peu concluant, l'important à leurs yeux étant simplement que le livre ne tombe pas par terre. Ce qui arrive aussi, parfois.

Contraint, bien malgré moi, de renoncer à la pédagogie libertaire du vécu et de la découverte, je me suis donc rabattu sur une transmission du savoir autoritaire (abandonnée pourtant depuis la guerre de mai 68) mais qui, du moins l'espérais-je, pouvait donner ici de meilleurs résultats.
Point de classification décimale Dewey, qui te distingue en un instant un ouvrage sur la géographie des îles Loyautés (classé en 919.3) d'un ouvrage sur les peintures du XV° siècle (en 759.03) mais les bleus avec les bleus et les verts avec les verts. Et, surtout, tous les livres dans le même sens, c'est bien compris ?
- Tu vois ces livres avec la pastille verte ? Et bien, tu ranges le tien à côté, comme ça.
-  ...
- Oui, la tranche avec la pastille vers toi. Non, vers toi. La tranche. Tu sais ce que c'est, la tranche ?
- ...
- C'est ça, la tr... Non, pas dans ce sens, dans l'autre sens. L'AUTRE SENS ! Voi-là. Tu as compris ?
- ^^.
Non, il n'avait pas compris. Les autres non plus, d'ailleurs.

Ayant tenté tout ce qui était humainement et pédagogiquement possible au cours de ces six premiers mois, je me suis donc lancé, à l'entame de ce troisième trimestre, dans une expérience nouvelle et innovante. Celle-ci devrait faire date et se retrouver enseignée sous peu dans tous les IUFM de Métropole, de Navarre et des îles Loyautés sous l'appellation « Pédagogie Tazar », reléguant l'aimable Freinet au rang de vague curiosité historique.
En voici le principe : disposer à l'envers, tranches en avant, la totalité d'une rangée de livres (le rayon bleu 600, celui des « Techniques », dans notre exemple) et faire comme si de rien n'était.


(A suivre)

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Published by Bob Tazar - dans Pédagogie mon amour
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commentaires

Audrey PEREZ 20/10/2008 09:19

merci bcp de votre réponse.

le nom de mon ami est Léon JEWINE pretre à l'église de la roche habitant Maré Tribu de Medu.

Patrick Sabatier 20/10/2008 22:54



Perdu de vue, l'émission qui retrouve tous vos amis perdus !
C'est bon, Léon est retrouvé ! Il habite bien Medu et exerce à La Roche.
Vous pouvez me passer vos coordonnées (contact, en bas de page), je lui transmettrai avec plaisir.



Julie 15/10/2008 23:23

Vive Bob Tazar, l'homme qui me réconcilie avec la pédagogie !

Bob Tazar 19/10/2008 23:42


C'est trop d'honneur...


Adams Jean-Marie 13/10/2008 00:44

Quel talent ! Et c'est vraiment du vécu. Alors vite la suite

Bob Tazar 20/10/2008 00:06



Attention, c'est un connaisseur qui parle !



Audrey 10/10/2008 14:43

Bonjour,
Ma demande va peut etre vous sembler étrange.
Voilà je vous écris de France (Montpellier). Je recherche un ami que j'ai connu il y a maintenant 10ans. Il est calédonien et habite l'ile de maré (tribu de medu). J'ai perdu sa trace il y a 2 ans. Il était entrain de devenir pretre. Lorsque j'ai fait des recherches sur le net, je retrouve sa trace à l'église de la roche en tant que permanent (diacre ??). Je souhaiterais savoir si éventuellement vous pouvez m'aider à retrouver cette personne ou me donner des tuyaux pour tenter de joindre l'église.
Je vous remercie bcp.

Bob Tazar 19/10/2008 23:44


Bonjour,
cela ne devrait pas poser de problème, tout le monde connaît tout le monde, ici. Il me suffit juste de connaître son nom. A bientôt.


Bege 09/10/2008 18:43

Vite...vite... la suite...
C'est d'un palpitant ( qui c'est l'assassin ?)
A propos, pour l'éducation des jeunes beaucerons, j'avais suggéré, en son temps, comme moyen pédagogique, la fourche dans l'train et pour les jeunes nobles, l'épée dans les reins; pour les jeunes maréens, je te laisse juge.
NB : en Angleterre, la fessée et les coups de canne sont encore d'actualité

Bob Tazar 09/10/2008 23:03


La fourche dans l'train, voilà un excellent support pédagogique ! Un seul défaut: ne se transporte pas facilement dans le cartable.
Pour l'épée dans les reins, un sabre pourrait-il faire l'affaire ? Je m'interroge...