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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 09:00


Comme je te l’expliquais il y a peu dans l’excelllent article intitulé Le lion Loulou,
un jeune emprunteur assoiffé de lecture avait longuement hésité entre deux ouvrages aux qualités indubitables, avant de jeter, sur mes conseils avisés, son dévolu émerveillé sur « le Loup Loulou ».

Je décidais alors d’officialiser cet emprunt sur ordinateur et, dans un moment de grand égarement, lui demandais son nom…

- Comment t’appelles-tu ?

- Wayéwathéamané (le tout proféré en expirant rapidement, tête baissée et main devant la bouche).

- Comment ?

- Yéwayéthéamené (sans aucune amélioration notable au niveau de la diction éternuative).
- Ça s’écrit comment ?

- Weyawathéamené.

- Ça commence par quelle lettre ?

- Mnmn…

- M ou n ?

- Mnmn…

Tel le loup du petit chaperon rouge (pas le loup Loulou qui, lui, je te le rappelle, était très bête), je décide de ruser :

- Quel est ton prénom ?

- Yéwathéamané.

- Non, ça, c’est ton nom, non ?

- ???

- Je te demande ton prénom…

- Ywath.

- Quoi ? Je ne comprends RIEN à ce que tu me dis !

- …

Craignant de voir se rompre à tout instant l’ersatz de dialogue ténu qui nous relie encore l’un à l’autre, je décide, aidé en cela par mon fidèle ordinateur, de faire une recherche par classe. C’est qu’il ne s’agit pas de me laisser bêtement contrarier par un léger malentendu d’ordre linguistique, non, mais !

A l’extérieur, un collégien, un rien décontracté avec ses pieds nus, passe en sifflotant Mamoe de Yenu. Il s'éloigne en direction de l'infirmerie.

 

- Dans quelle classe es-tu ?

- ^^.

- Non. Je te demande dans quelle classe tu es.

- ^^.

Il est clair que la lutte s’annonce dure. Mais, à l’instar de JM, j’aime ça. 

Je consulte fébrilement la base de données :

- 6°1 ?

- Oui.

Fichtre, voici pour la première fois un « oui » franc et massif qui, j’en mettrais ma main à couper au sabre, a été perçu dans un rayon de 25 cm à la ronde. J’enregistre donc dans l’ordinateur, aussi fébrilement que rapidement, cette donnée qui pourrait bien vite se révéler capitale. Je fais alors défiler sur l’écran la liste des pensionnaires de ladite classe, tentant d’identifier un patronyme qui pourrait s’apparenter de près ou de loin à celui du diablotin qui se dandine maintenant gauchement en face de moi, tout en espérant qu’une adoption récente (toujours envisageable) n’ait pas entraîné une modification de son état-civil. C’est alors qu’un léger gazouillis se fait entendre :

- 6°2.

- Quoi ???

jmb (grattement de tête paniqué).

- Tu es en 6°2 ?!?

- ^^.

- Tu m’as dit que tu étais en 6°1 ! Tu n’es pas en 6°1 ???

- Oui.

A ce stade du dialogue et pour une meilleure compréhension de la dernière réplique qui vient de se jouer, ce qui va en plus permettre à mes pulsations cardiaques de redescendre à un rythme plus proche du QI de Patrick Sabatier que du PIB des Emirats Arabes Unis,  je subodore qu’un décryptage intégral s’avère nécessaire. Tu n’as pas été sans remarquer, avec la sagacité qui te caractérise, que le niveau en français de nos petits élèves était quand même légèrement sujet à caution. La faute à tout un tas de paramètres sur lesquels je reviendrais peut-être un jour, lorsque j’aurais réussi à enregistrer ce putain d’emprunt.

Le vocabulaire est somme toute assez restreint, la construction des phrases rudimentaire (encore qu’en dessous de deux mots, il semble difficile de parler de phrase)... Mais, s’il y a UN domaine grammatical qui soit – presque - irréprochable, c’est bien celui de la réponse à une phrase interro-négative. Alors qu’en Frônce la réponse « non » est employée improprement pour dire « oui », ce qui, par l’usage, fait que tout le monde comprend, ici, le « oui » employé pour « si » confirme bien la négation. Ce qui fait que, dans un premier temps au moins, personne ne comprend.

Je ne suis pas sûr d’avoir été très clair, si ?

En tous cas, j’en déduis fort habilement que le petit bout d’homme qui attend sereinement la suite, en souriant placidement, n’est pas en 6°1.
 

Je reprends ma quête, l’attention à peine détournée par une mère d’élève qui vient de passer brièvement la tête par l’entrebâillement de la porte avant de disparaître dans un bruissement de robe mission. 

- Tu es en 6°3 ?

- Monsieur ! (exclamation courroucé)

- Quoi, monsieur ? Tu es en quelle classe, alors ?

- 6°2 !

- 6°2 ? Eh bien, tu ne pouvais pas le dire tout de suite ?

- Monsieur ! J’ai dit à toi ! (ulcéré)

A l’aide d’une patience à toute épreuve forgée au long cours par des années de combat en zone d’éducation métropolitaine, ainsi que par des recoupements logarithmiques forts complexes que n’aurait pas renié Rainman, je parviens à mettre enfin un nom et une classe sur l’espèce d’espèce qui me tourne maintenant le dos, concentré sur l’une des deux claquettes dépareillées qu'il tient en main et dont la sangle torturée vient de rendre l’âme.

- Voilà ta fiche, sur l’écran. C’est bien toi ?

Il se retourne, surpris, observe l’écran avec curiosité puis sourit en acquiescant des sourcils.


La sonnerie de la récréation retentit alors, mettant fin à nos souffrances respectives même si pas de même nature.

- Bon, donne-moi ton livre, que je l’enregistre.

Sans un mot, mais en m'observant attentivement, il me tend le Lion de Kessel.

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Published by Bob Tazar - dans Pédagogie mon amour
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commentaires

Tazar séniors 13/11/2009 23:01


Ah ah mon fils, je vois que tu n'as pas encore digéré les "drames" de l'enfance que ta mère inconsciente t'a fait subir. Si l'on pouvait revenir en arrière, tu retrouverais l'intégralité de toutes
tes bandes dessinées, bien rangées sur tes étagères. Bien rangées, des bandes dessinées ne courent aucun risque ! Mais maintenant, même en gros désordre, je respecterais tes affaires. On apprend.
Bises.


Tazar séniors 10/11/2009 19:14


Comme je suis semblable à Lucky Luke qui lui, tire plus vite que son ombre, moi je range plus vite que l'éclair. Ainsi, avant même de lire ton article sur le loup Loulou, je l'avais déjà classé
pieusement. Par hasard, je l'ai découvert, et après une lecture attentive, j'ai éclaté de rire au dernier mot. C'est du Hitchcock ! Quel suspense.


Bob Tazar 13/11/2009 00:35


Tu ranges plus vite que l'éclair ? C'est en progrès, alors. Je me rappelle d'une certaine époque où tu jetais plus vite que l'éclair, non ? ;-)


fred 03/09/2009 09:58

Arrivé chez toi sur les conseils avisés de sieur pierrot, je ne suis pas déçu !

Belle tranche de vie, dans un style, on ne peux plus frais. ça donne envi de lire (et voir de reste)

Bob Tazar 17/09/2009 03:09


Sieur Pierrot est toujours de bon conseil !


Nicole Vatrican 02/09/2009 15:32

L'histoire est amusante,le" Dialogue"savoureux et la chute...géniale...Ne manque pas de nos raconter le retour du livre!Bisous.Tatie.

Bob Tazar 17/09/2009 03:03


Le retour du livre ? C'est facile, ça commence par la phrase suivante :
- " Livre ! "


BoZ' 02/09/2009 06:54

On s'y croirait... J'ai grandi avec eux et ta prose a un effet "madeleinedeproust" sur moi...

En fait tout est dans le ^^...
Quand tu as saisi ça tu peux tout comprendre.

A quand la suite ? Parce qu'il y a férocement une suite vu qu'il prend pas le Loup Loulou ?

Mais quel suspens !!! Pire (ou mieux ça dépend d'où tu te places) que pour cette lolerie de BlogDor...

Bob Tazar 02/09/2009 08:27


^^