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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 00:00


La nouvelle est tombée, soudaine, brutale, terrible, jetant la consternation sur l'ensemble de la petite communauté immigrée de Maré. La mer est fermée (water closed, comme disent nos amis pokens) !

Diantre, sur une île de trente bornes de long, voilà qui ne peut laisser personne indifférent. Et surtout pas le métro-fonctionnaire avide de bains turquoises et de sable blanc que je suis devenu.

Telle un vulgaire magasin endimanché de France d'outre-terre, l'ouverture de la mer (et donc de la plage) à Maré, en ce début d'année, fait en effet l'objet de restrictions sévères et ce pour une période approximative de deux mois (selon des sources bien informées bien que parfois légèrement divergentes). 

Fermeture annuelle, et pas pour cause d'inventaire, crois-moi.
Point de marée noire amoco-cadizienne ou d'attaques de méduses, de pollution larvée ou d'algues toxiques, comme dans toute bonne plage nécropolitaine (merci, professeur
Adamsky, pour ce bon mot) qui se respecte.

Plus prosaïquement, cette période est, comme tout le monde ne le sait pas, celle de la fête de l'igname nouvelle, dernière période d'une série de quatre qui conclue le débroussage (juin / juillet), la mise en terre (août / septembre / octobre) et la maturation (novembre / décembre / janvier). L'igname, est-il besoin de le rappeler, est un tubercule sacré qui, dans la société mélanésienne, rythme le temps et les relations sociales, tout en agrémentant quantité de plats et en mettant les palais en émoi de par ses saveurs inégalés. J'en veux pour preuve le célèbre bougna (poisson ou poulet / igname / lait de coco), que le monde entier ne nous envie pas mais qui justifierait à lui seul un séjour sur le Caillou.

A cette occasion, donc, les clans de la mer se réunissent et partent joyeusement à la pêche pour ramener le poisson nécessaire aux ripailles traditionnelles qui égaient régulièrement ces festivités. Ce qui explique les quelques restrictions coutumières destinées avant tout à protéger le met principal du futur ragoût. 

Cela avait déjà été le cas l'année dernière, comme chaque année d'ailleurs, mais à l'époque, entièrement absorbé par mon installation, cette mesure ne m'avait guère affecté, concentré que j'étais sur la recherche active d'un
domicile salubre puis sur les mesures de prophylaxie intenses qui en découlèrent.

En clair, j'avais alors l'esprit nettement moins primesautier.


La mer est donc fermée !

Et, ici comme ailleurs, nul n'est censé ignorer la loi. Que cette dernière soit orale et appelée familièrement coutume ne change rien à l'affaire.

Mais autant le moindre doute, en droit français, au sujet par exemple du remplacement sans frais d'un chauffe-eau défaillant à l'intérieur d'un domicile à usage locatif sera levé en quelques secondes en se plongeant sans peur et sans vergogne dans le code du commerce et son article 121, alinéa 3 in fine, de la loi du 25 janvier 1985 devenu l'article L. 621-122, alinéa 3 in fine, qui énonce une règle de fond attribuant au revendiquant la propriété des biens fongibles qui se trouvent entre les mains du locataire dès lors que ceux-ci sont de même espèce et de même qualité que ceux qu'il a reçu alors même que la prise en considération du moyen selon lequel la rotation rapide des fournitures exclut que les marchandises retrouvées en nature chez le débiteur soient celles mêmes fournies par le bailleur avec une clause de réserve de propriété, autant le caractère strictement oral du droit coutumier peut provoquer, chez le béotien de passage, une période de flottement somme toute bien compréhensible.

Avant de faire une bombe dans l'onde claire en criant « banzai ! », il est donc de bon ton de se renseigner auprès des gens du cru sur l'état de la réglementation en vigueur.

Pour cela, une seule solution : le dialogue.

- La mer est fermée ?
- ^^ (haussement imperceptible de sourcil marquant, je te le rappelle, l'affirmation).
- Pourquoi ?
- Pour la pêche, l'igname.
- Et elle est fermée partout ?
- ^^.
- Même à Yedjele ?
- A Yedjele c'est bon.
- Et à Nece ?
- A Nece, c'est bon, tu peux baigner.
- Si je ne pêche pas, c'est bon ?
- ^^.
- Et derrière le gros rocher, c'est bon aussi ?
- Non, là, tu peux pas baigner. Tu peux juste aller.
- Ah... Et il y a des endroits où je ne peux pas aller ?
- Non, c'est bon, tu peux aller partout.
- Et à Mebuet ?
- A Mebuet, tu peux pas aller.

Si l'on a l'esprit tatillon, on peut bien sûr interroger une seconde personne, voire une troisième dans le cas bien improbable où un doute subsisterait.

De toutes façons, et afin d'éviter tout quiproquo, une signalisation très précise a été mise en place par la DDE locale.

Deux pieux très courts, plantés à un mètre de distance l'un de l'autre, supportant une branche taillée entourées de feuilles de cocotier et posée horizontalement : accès interdit.


Un pieu entouré de feuilles de coco et planté verticalement, comme à Nece sur la plage d'Asicen : pêche interdite. Ou baignade, cela dépend.



Une lourde chaîne rouillée barrant l'accès de la plage de Pede : entrée libre (la chaîne sert juste à empêcher les vaches de sortir du terrain). C'est la feuille de cocotier entourant un tronc qui indique l'interdiction, encore plus claire lorsque cette feuille est accompagnée (ce n'est pas toujours le cas) d'une inscription précise sur un panneau de bois (interdit de pénétrer de baigner de pêcher, par exemple).


Le problème se pose vraiment lorsqu'il n'y a rien de visible. Là, trois interprétations sont possibles : l'accès est libre ; les pieux vont bientôt être posés ; il y a eu du vent dans la nuit.

Dans ce cas, une seule solution : le dialogue.
- La mer est fermée ?

A suivre

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Published by Bob Tazar - dans Coutume et traditions
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commentaires

sonia 11/03/2009 10:44

Excellent, bob, comme d'habitude !

Bob Tazar 13/03/2009 23:35


Boah, j'me maintiens...


pierrot 10/03/2009 08:53

bravo bob pour ce post, j'irai voir les zotres plus tard, à bourail c'est l'alcool qui est fermé! à choisir...je suis bien emmerdé!

Bob Tazar 11/03/2009 03:53


Merci Pierrot.
Mais il n'y a pas qu'à Bourail où l'alcool est fermé. Ici aussi, on a souffert de la soif ! Va voir ce post, il devrait t'intéresser...
http://mare.over-blog.fr/article-25500140.html


l'hirondelle 10/03/2009 05:08

Je rebondis sur Jean Marie qui voudra bien me pardonner cette privauté.
Je me suis bien fendu le bec!
Merci!

Bob Tazar 11/03/2009 03:08


Merci à toi, l'hirondelle, tu as rebondi où il fallait.


JM 10/03/2009 02:43

Du vécu vrai tel que je l'aime, en acier inox avec une pointe d'humour décalé. Bravo Bob !
PS : J'ai signalé ton article sur mon blog à moi, perso

Bob Tazar 11/03/2009 02:41


C'est trop d'honneur, camarade JM !
Et, ta modestie légendaire dû-t-elle en souffrir, j'en profite pour rappeler l'adresse de ton blog perso à toi :
http://familleadamsenkanaky2.over-blog.com/article-28843490.html


J-C et M-Th Tazar 09/03/2009 19:02

actuellement, tu ne peux ni pénétrer, ni baigner, ni pêcher à la plage de Pede; c'est très clair; il faut voir ailleurs.

Bob Tazar 11/03/2009 02:40


Très clair, très clair, c'est vite dit...